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le 23 avril 2026
En 2025, Nacef ABIDI a soutenu la thèse «Français sur objectif spécifique : référentiel de compétences linguistiques et d’évaluation pour un public d’informaticiens" sous la direction de Christelle Cavalla
Cette orientation s’est confirmée dans le cadre de ma thèse de Doctorat, obtenue en juillet 2025 à l’Université Sorbonne Nouvelle, sous la direction de Cristelle Cavalla. La recherche porte sur les enjeux du FOS dans le domaine de l’informatique, du fait que les étudiants et professionnels de ce domaine mobilisent des compétences langagières spécifiques, qui ne peuvent être adéquatement prises en charge par des dispositifs généralistes.
L’étude mobilise une approche d’ingénierie de formation et apporte des réponses à des questionnements relatifs à l’identification, à la mobilisation et à l’évaluation des compétences langagières en contexte académique et professionnel. Elle met en lumière les contraintes méthodologiques inhérentes à l’analyse des besoins dans des contextes professionnels inaccessibles. J’y propose une re-modélisation de la démarche FOS, fondée sur une « combinaison obligatoire » qui s’appuie sur une enquête exploratoire diagnostique, sur une analyse des référentiels, des fiches métiers, des offres d’emploi, des maquettes de formation, sur l’étude des corpus et sur la création de simulations –reconstitutions, en associant la formulation et la validation des hypothèses sur le niveau en langue française attendu du public informaticien, après adaptation et contextualisation des descripteurs du CECR. Ce travail aboutit à l’élaboration d’un référentiel de compétences et d’évaluation, adapté à chaque métier du domaine informatique. Il adopte une construction évolutive et située, qui tient compte des mutations des métiers de l’IT et exclut la logique de progression linéaire. Ce référentiel devra servir de base pour élaborer des parcours de formation contextualisées et même personnalisés (formation initiale, continue, reconversion) en s’articulant à un dispositif d’évaluation fondé sur des tâches complexes et des critères alignés sur le CECR contextualisé.
Mes perspectives de recherche s’inscrivent dans la continuité de ces travaux. En tant que membre associé des laboratoires DILTEC et GRAMMATICA, je contribue à l’enrichissement de la réflexion engagée en croisant des approches issues de la linguistique de corpus, de l’analyse du discours et de la didactique et en renforçant la dimension interdisciplinaire de mes travaux.
Parallèlement à mes activités de recherche, mon expérience d’enseignement a constitué un terrain d’expérimentation privilégié.
Mobilisez-vous dans dans votre poste actuel des connaissances et savoirs acquis durant vos années de thèse ?
Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’IUT de Lens depuis septembre 2025, j’interviens auprès d’étudiants du BUT en Gestion des Entreprises et des Administrations. Les modules que j’assure en enseignement et/ou évaluation - expression, de communication et de culture générale, Projet Personnel et Professionnel, Portfolio - visent le développement de compétences transversales, mais aussi leur contextualisation dans des situations professionnelles spécifiques. Les résultats des expérimentations menées confirment les conclusions de ma recherche doctorale : la compétence communicative ne peut être envisagée comme un ensemble homogène et transférable indépendamment des contextes. Elle est au contraire étroitement liée aux genres discursifs, aux supports et aux interactions propres à chaque domaine.
L’ensemble de mes expériences professionnelles et pédagogiques antérieures s’inscrit dans une co-construction entre activités de terrain et recherche en didactique, alimentant une réflexion sur la construction, l’évaluation et la contextualisation des compétences langagières en contexte académique et professionnel.
Mon expérience de chargé de cours à l’Université Sorbonne Nouvelle a structuré une pratique pédagogique centrée sur les compétences académiques, du niveau B1/B2 au C1. Elle a été complétée par la prise en charge des ateliers de prise de parole et des formations en pédagogie active, qui ont renforcé ma réflexion sur la posture de l’enseignant-chercheur et construit ma conception de l’enseignement comme accompagnement du développement de compétences en autonomie et en collaboration. D’autre part, mon activité d’évaluateur pour des certifications standardisées (TEF, DFP) m’a permis de développer une expertise dans l’analyse des productions orales et écrites, d’intégrer les exigences de fiabilité et de standardisation de l’évaluation et de les expérimenter dans mes travaux sur le FOS/FOU
Quels conseils donneriez-vous aux doctorants.e.s de la Sorbonne Nouvelle ?
Ma trajectoire de doctorat a été marquée par une durée assez longue (7 ans) et des contraintes dont la crise sanitaire Covid 2019, l’accès au terrain, la confidentialité, etc. Il ne m’a pas été possible d’anticiper les aléas en diversifiant les sources de données et en évitant la dépendance à un dispositif unique de collecte, mais j’ai dû opter pour une flexibilité méthodologique dans la mesure où des ajustements de protocole ont été mis en place et ont été considérés comme des évolutions du processus de recherche, sauf qu’ils ont exigé d’être rigoureusement documentés et justifiés. Ainsi, les contraintes rencontrées ont été intégrées à la réflexion scientifique et sont devenues des objets d’analyse à part entière.
Il faut aussi insister sur l’importance de la structure du travail en privilégiant les étapes intermédiaires afin de garantir une progression continue et de limiter les effets de dispersion dans le temps. A ce niveau, la motivation n’était plus pensée comme une dynamique stable, car même en définissant des objectifs intermédiaires « réalistes », la régularité n’était pas garantie. Voilà pourquoi je me suis toujours attaché à cette régularité - même minimale-, dans l’écriture et l’analyse pour pouvoir préserver la continuité du projet. Je peux confirmer qu’il n’est pas du tout facile d’accepter les phases de ralentissement sans être confronté à des phases de remise en cause de tout. Dans mon cas, l’inscription dans un cadre collectif, à travers les échanges avec ma directrice de recherche, mais aussi en appui aux formations suivies et aux interactions scientifiques, m’ont permis de limiter l’isolement intellectuel, de persévérer et de maintenir la cohérence du travail.
Le vécu personnel constitue aussi un facteur non négligeable dans la conduite d’un travail de recherche. Dans une période où deux projets de thèse étaient menés simultanément au sein de mon couple, une dynamique de soutien réciproque s’est mise en place et a permis de maintenir l’engagement scientifique de chacun de nous. Cette configuration a contribué au maintien de la persévérance dans les phases de doute ou de ralentissement et à la création d’un équilibre entre exigences académiques et contraintes personnelles.
mise à jour le 27 avril 2026