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José Bengoa : Un géographe de l'humain et un artiste de la conversation

le 30 mars 2026

Une pensée pour le grand anthropologue chilien José Bengoa, décédé le 23 mars 2026, qui avait reçu l'an passé le Premio Nacional de Humanidades y Ciencias Sociales pour l'ensemble de son oeuvre. Ses travaux sur le monde mapuche et les sociétés rurales d'Amérique latine resteront longtemps des références essentielles. Il a été professeur invité à l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine (Université Sorbonne Nouvelle) dans les années 2000 et a notamment publié un bel article dans les Cahiers des Amériques latines en 2011 ("Los Mapuches: historia, cultura y conflicto", n°68).
Olivier Compagnon, IHEAL -CREDA


Pepe nous a quittés. Il nous a quittés après avoir obtenu, au moins, le Prix national des sciences sociales et humaines 2025.

Je dis « au moins » parce qu’il l’attendait depuis bien longtemps et que, bien sûr, il aurait dû le recevoir bien plus tôt. Et parce que la récompense de son œuvre mérite bien plus que cette simple reconnaissance.

José Bengoa était un intellectuel au sens plein du terme. Sa rigueur dans la recherche, l’écriture, la formation, le conseil, la lecture, le chant, l’écoute, le repas, la boisson, permettait à chaque conversation avec lui de vagabonder à travers tant de lieux, de chemins, de traces et toute cette géographie humaine qu’il a dessinée en parcourant, les pieds couverts de boue et de poussière, tant et tant d’endroits de cette terre et de bien d’autres.

Nos chemins se sont croisés pour la première fois en 1992, au sein de l'ancienne Commission spéciale des peuples autochtones mise en place par le gouvernement du président Patricio Aylwin. Dans la rue Villavicencio, dans le quartier de Lastarria de Santiago du Chili, avant que celui-ci ne devienne un lieu branché, c’est Raúl Molina, notre cher ami commun, qui nous a présentés à plusieurs reprises. À l’époque, alors que nous étions étudiants en géographie, nous avons collaboré aux travaux menés pour soutenir l’élaboration de ce qui allait devenir la loi n° 19253. Impossible d’oublier les soirées à la Casa de Ejercicios de Temuco, avec tant d’amis qui resteront gravés dans nos mémoires ; puis viendront Alto Bíobío et des rencontres sporadiques, dont l’une, en 2017, au Palais d’Orsay, à l’occasion de la visite officielle de la présidente Michelle Bachelet en France et d’un important événement académique à Paris.

C’est en 2024 et 2025 que nous avons pu profiter de nos rencontres les plus détendues, autour d’un couscous, d’un bon vin et d’un calvados encore meilleur, que nous avons partagés avec Ximena, dans une conversation toujours agréable. Celle-là, sur le voyage à Caral.

Avec Pepe, c’est aussi un artiste de la conversation qui s’en va ; il pouvait parler d’histoire, de musique, de littérature, de politique, d’actualité, de philosophie. Il n’y avait pas de limites et, au contraire, il y avait toujours un point intéressant, une anecdote, un ami en commun. Et bien sûr, un voyage à raconter. C’est peut-être celui-ci, le seul voyage dont nous n’aurons jamais connaissance.

Cher Pepe, tu vas nous manquer, mais nous ne t’oublierons jamais.

Enrique Aliste









Type :
Portrait

mise à jour le 30 mars 2026


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