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L'extrême droite et le désordre mondial

le 21 mai 2026

Par Giancarlo Summa[1] Le monde a retenu son souffle lorsque, début avril, Donald Trump a menacé de détruire « toute une civilisation » avant de faire marche arrière et de négocier un cessez-le-feu avec l’Iran grâce à la médiation du Pakistan. Cette crise, tout comme l’invasion de l’Ukraine, l’enlèvement de Nicolás Maduro ou le renouvellement du blocus illégal contre Cuba, révèle un dénominateur commun : l’absence de l’Organisation des Nations unies.

Par Giancarlo Summa[1] 

Ce n’est pas un hasard. Depuis 2016, année de la première élection de Trump et du Brexit au Royaume-Uni, l’extrême droite a gagné du terrain à l’échelle mondiale et, de l’Argentine au Salvador en passant par le Chili et l’Italie, elle est arrivée au pouvoir dans plusieurs pays. Malgré leur diversité, ces mouvements partagent des traits communs : l’exaltation du nativisme et du pouvoir sans limite du leader, le culte d’un passé mythifié, le recours à la violence symbolique (et aussi physique) et le rejet des droits politiques, sociaux, économiques, environnementaux, ou encore de genre.

Ces forces convergent en outre dans leur offensive contre l’ONU et les principes du multilatéralisme, c’est-à-dire la recherche d’un consensus international face à des défis qu’aucun pays ne peut résoudre seul : les conflits armés, bien sûr, mais aussi la crise climatique, les migrations de masse ou la gouvernance de l’intelligence artificielle. Le gouvernement Trump II a suspendu les contributions dues à l’ONU et a quitté des institutions spécialisées telles que l’OMS. L’Argentine de Milei a suivi la même voie.

L'ONU est aujourd'hui serrée par un étau à deux mâchoires : l'asphyxie financière et la crise de légitimité, produisant un repli qui ne fait qu’aggraver le désordre mondial. L'Amérique latine a pourtant joué un rôle fondamental dans la création des Nations unies en 1945, et dans leur préservation durant huit décennies. Mais la région apparaît désormais plus divisée que jamais auparavant. Les gouvernements d'extrême droite sapent les liens diplomatiques, économiques et culturels patiemment construits au fil des décennies. Au cours des prochains mois, les élections présidentielles en Colombie et au Brésil seront déterminantes, non seulement pour la politique intérieure de ces pays, mais aussi pour l’avenir du multilatéralisme en Amérique Latine.  

 



[1] G Summa est membre du comité de gestion de l'IHEAL; Il est cofondateur de l'Institut latino-américain pour le multilatéralisme (ILAM) à Rio de Janeiro; Il a été directeur de la communication de l'ONU au Brésil, au Mexique et en Afrique de l'Ouest. Il a coédité (avec Monica Herz) l'ouvrage Le désordre du monde – L'extrême droite contre le multilatéralisme en Amérique latine (UNSAM Edita), publié en Argentine en avril 2026. Aux éditions de l’IHEAL, il est l’auteur de Le rôle politique de la presse au Brésil. De l'élection à la réélection de Lula (2009).

 


Type :
Edito_IHEAL

mise à jour le 21 mai 2026


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