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El mar y la sal de la tierra : au Chili, une nouvelle stratégie nationale pour la désalinisation

le 8 avril 2026

Par Solène Rey-Coquais, Maîtresse de conférences en géographie IHEAL/CREDA
En mars 2026, le Chili est sur le point de combler un vide normatif majeur en approuvant ce qui formera le premier cadre juridique pour la régulation des infrastructures de désalinisation de l’eau mer.

 Dans un pays dont la moitié septentrionale est régulièrement touché par la sécheresse et les situations d’urgence hydrique et agricole, ce texte propose à la fois une régulation de l’extraction d’eau de mer et de ses usages mais aussi la mise en place d’une stratégie nationale de désalinisation.

Depuis les années 2000, les déficits pluviométriques dans la région centrale du pays et l’expansion minière dans les régions arides de l’Atacama ont encouragé le développement des infrastructures de désalinisation par le secteur du cuivre, fortement dépendant de la ressource hydrique pour les différentes étapes de séparation du minerai. Ainsi, plus de la moitié des 24 infrastructures de désalinisation aujourd’hui présentes au Chili sont opérées par des entreprises minières. Cette technologie, qui consiste à séparer les sels des molécules d’eau pour produire de l’eau douce, permet aux entreprises de ne plus peser sur les réserves présentes dans les cours d’eau et les aquifères. Elle leur assure une continuité dans les périodes de stress hydrique tout en évitant les conflits avec les populations locales quant aux modalités d’accès à la ressource. Elle sert aussi de garantie, dans un contexte de transition, pour défendre une industrie minière plus vertueuse et résiliente face au changement climatique.

Jusque là, la désalinisation est donc largement réservée aux usages industriels et miniers. La technologie, tout comme les choix d’implantation et de consommation, sont le monopole du secteur privé. La loi de mars 2026 devrait renverser – au moins en partie – la donne pour tracer la voie d’une stratégie de sécurisation hydrique nationale, sur laquelle l’État chilien reprend un droit de regard. Alors que les projets d’usine de désalinisation se multiplient (52 projets en 2026), ceux-ci seront désormais soumis, comme d’autres projets présentant une incidence notable sur l’environnement, à la procédure d’évaluation environnementale, afin d’encadrer leur impact sur les écosystèmes marins. La loi prévoit aussi de prioriser la consommation humaine sur les autres usages.

En adoubant la désalinisation comme partie de sa stratégie nationale de sécurisation hydrique, le Chili ouvre aussi la voie aux projets d’investissement dans le secteur et s’articule à d’autres projets : le soutien à l’industrie minière, dans un contexte mondial de transition énergétique gourmande en métaux ; ou encore le positionnement du pays comme hub numérique régional, développé sous la présidence de Gabriel Boric, destiné à accueillir plusieurs centaines de data centers à l’horizon 2030. Le Chili viendra peut-être alors, à terme, rejoindre ces pays dont certains disent qu’ils vont « contre leur géographie » (ou au-delà?) - le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite, par exemple, qui dépendent de la désalinisation pour plus de 70 % de leur consommation hydrique nationale - en étendant leurs activités et leurs populations là où les sources d’eau douce n’existent pas.
Type :
Edito_IHEAL

mise à jour le 9 avril 2026


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