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Après le 3 janvier 2026 : le Venezuela et « l’excrément du diable »

le 15 janvier 2026

Par Guillermo Ramos Flamerich
doctorant CREDA / USN
L’année 2026 s’est ouverte sur l’intervention militaire des États-Unis contre des installations à Caracas et dans le centre-nord du pays. Avec, pour scène finale, la capture cinématographique de Nicolás Maduro.

Édito de la Lettre d'information de l'IHEAL-CREDA, janvier 2026.
La capture de Maduro semble avoir provoqué un élan de joie pour une grande partie des Vénézuéliens dont la diaspora — qui dépasse les huit millions de personnes — a célébré cet événement dans de nombreuses régions du monde. À l’intérieur du pays, en revanche, les premiers moments de silence et de stupeur semblent avoir suscité des mobilisations de protestation promues par le gouvernement contre l’intervention armée et en soutien au président déchu et son épouse, Cilia Flores. Mais la continuité du régime et la peur de représailles empêchent d’établir un tableau précis, bien que, dès les premiers jours, les familiers et proches des prisonniers politiques se soient mobilisés pour demander la libération de tous les détenus.

Depuis 2013, Maduro a consolidé la terreur et la corruption dans le pays. La population vénézuélienne a tenté, par des voies civiques, de se libérer de son régime de différentes manières. La plus significative de ces tentatives, et la plus récente, fut sans doute l’élection du 28 juillet 2024, dont la fraude à la faveur de la réélection du président a été documentée. Inversement, les morts occasionnés par les manifestations de 2014 et de 2017. Au-delà des accusations du narcoterrorisme auxquelles il fait aujourd’hui face, Maduro n’a pas été à la tête ni l’architecte d’un prétendu « Cartel des Soleils ». En revanche, les accusations de torture, l’existence de prisonniers politiques et la censure ont été compilées par la Mission d’établissement des faits sur le Venezuela [ONU].
Dans le contexte géopolitique actuel, l’illégalité de l’intervention armée — sanctionnée à l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies adoptée en 1945 — ainsi que la capture de Maduro suscitent de vives inquiétudes, non seulement en Amérique latine, mais à l’échelle mondiale, dans la mesure où la force s’impose sur le droit international. Des inquiétudes d’autant plus fondées que, malgré la décapitation du régime, celui-ci persiste. Les tortures et la répression demeurent impunies dans les jours qui suivent, simplement réorientées vers une logique de négociation entre administrations étasunienne et vénézuélienne. Davantage qu’une transition démocratique, l’enlèvement de Maduro renvoie bien plutôt aux coups d’État perpétrés par les États-Unis en Amérique latine au cours du XXème siècle. Le président Trump a explicitement déclaré que la motivation de l’intervention armée était la protection des intérêts des Etats-Unis : le pétrole et, secondairement, la lutte contre le trafic de drogues douchant tout espoir de démocratisation.

Le droit international a été ouvertement bafoué. Mais avant cela, la communauté internationale s’était montrée impuissante face aux exactions du gouvernement maduriste. Lors de la première administration Trump, une stratégie de « pression maximale » a été mise en œuvre par les Etats-Unis contre Maduro. Et dès 2017, les premières sanctions directes visant le pétrole vénézuélien ont eu des effets négatifs renforçant la crise économique et sociale, mais aussi comme excuse à davantage de corruption. Les inégalités croissantes indiquent que, si le chavisme a pu revendiquer qu’en cas d’invasion ou de tentative de coup d’État il y aurait une réaction populaire — comme en avril 2002 avec Chávez —, la chute de Maduro semble se produire avec un régime considérablement affaibli dans son soutien populaire.

Trump a admis ouvertement que le pétrole avait été le déclencheur de ces événements. Le gouvernement de facto dirigé par Delcy Rodríguez montre sa volonté de répondre à ces attentes. Si la monnaie d’échange est le pétrole et la stabilité du pays, la contrepartie attendue par le nouveau pouvoir serait la poursuite de l’autocratie, avec un simple changement de visages, mais en conservant le contrôle effectif de la répression, de l’argent et des armes non pas contre les États-Unis, mais contre la population. Le destin du Venezuela peut-il être laissé entre les mains d’une coterie autoritaire agissant sous la tutelle des États-Unis ?

C’est pourquoi, au-delà de toute dénonciation, la principale urgence est que la communauté internationale accompagne l’ouverture d’un processus de transition et de démocratisation au Venezuela avec respect de sa souveraineté, capable de rendre à la population une autonomie confisquée à la fois par le nouveau gouvernement et par le protectorat à peine dissimulé de Trump. Cela implique, à court terme, la libération de tous les prisonniers politiques, la fin de la censure, le retour des exilés et la tenue d’élections générales libres — ce que Trump refuse sous prétexte de « contrôler le pays ». Une déclaration empreinte d’une avidité impériale affichée. Et au-delà des débats actuels dans les médias internationaux sur le pétrole, il est indispensable de prendre en compte les besoins du peuple vénézuélien, qui continue de subir une précarité manifeste : inégalités structurelles, privilèges de quelques-uns, gaspillage de l’élite dirigeante, absence d’État de droit, destruction progressive des services publics d’éducation, de santé, etc.
Si, après 1945 et notamment dans le cadre de la guerre froide, les États-Unis justifiaient leurs actions diplomatiques et militaires au nom d’une gouvernance fondée sur la promotion de la démocratie libérale, ils rejoignent aujourd’hui le cercle des puissances qui envisagent le monde comme un partage de sphères d’influence et de dominations suivant les seuls intérêts nationaux.

Juan Pablo Pérez Alfonzo, penseur de la souveraineté pétrolière vénézuélienne, intitula l’un de ses ouvrages « Nous nous enfonçons dans l’excrément du diable », pour dénoncer les excès d’un pays dont la richesse pétrolière a à la fois fondé ses plus grands espoirs et causé ses plus amères désillusions. Puissent un moment aussi dur et un choc aussi violent devenir l’occasion de cesser de nous enfoncer davantage.

Type :
Edito_IHEAL

mise à jour le 16 janvier 2026


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