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Socialisations politiques en contexte numérique

le 26 mars 2026

 

Organisation :  

Maël Alonzo, ATER en sciences de l’information et de la communication – CEMTI (Université Paris 8) / Céditec (Université Paris-Est Créteil) – mael.alonzo@sciencespo.fr

Raphaël Lupovici, Docteur en sciences de l’information et de la communication – IRMÉCCEN (Université Sorbonne Nouvelle) / CARISM (Université Paris-Panthéon-Assas) – raphael.lupovici@sorbonne-nouvelle.fr

Jeanne Vermeirsche, Docteure en science politique – Chercheuse postdoctorante ANR EVA – .JPEG / FR Agorantic (Avignon Université) – jeanne.vermeirsche@univ-avignon.fr
 

Présentation : 

Les études sur la socialisation politique, depuis les années 2000, se sont vues largement renouvelées par l’exploration des rapports ordinaires au politique (Boughaba, Dafflon et Masclet 2018 ; Buton et al. (eds.) 2016). Il s’agit alors de cerner, à l’échelle de l’individu, comment les différentes sources de socialisation, parfois contradictoires (Lahire 1998 ; Darmon 2023), sont négociées par chacun, et de saisir leur incidence sur les grilles de lecture mobilisées pour faire sens des rapports sociaux. La socialisation politique est à appréhender comme le développement d’un « rapport politique au monde social » spécifique, lequel, « englobe un ensemble de représentations qui débordent largement du champ politique au sens strict : représentations des divisions sociales, des rapports de classe, des mécanismes de privation et de distribution, hiérarchisation des conflits, mais aussi manières d’être et de faire qui situent l’individu » (Maurer, 2000, p. 8 citée par Boughaba, Dafflon et Masclet, 2018, p. 9). Un ensemble d’approches se sont saisies de différentes dimensions de la socialisation politique, telles que la socialisation militante (Yon 2008 ; Bargel 2005), la socialisation enfantine (Lignier et Pagis 2017), ou encore la socialisation raciale (Brun 2022 ; Druez 2023), afin de comprendre comment les différentes sources de socialisation participent à l’intériorisation de positions et de dispositions sociales d’une part, et au développement d’une grille de lecture du monde d’autre part. Cette journée d’étude, dans cette lignée, souhaite questionner la socialisation politique à partir des espaces numériques. Qu’est-ce que la formation des dispositions politiques en ligne peut dire sur la socialisation politique ?

À la fois espace d’expression, de discussion et de consommation de produits culturels et informationnels, les espaces numériques sont intrinsèquement liés aux enjeux médiatiques. Or, les études sur la socialisation ont historiquement laissé de côté la question des médias, largement pour se distinguer des approches misérabilistes centrées sur leurs « effets » (Douillet 2023, p. 55‑56). Néanmoins, des travaux récents, notamment le numéro de Politiques de communication coordonné par Cyriac Gousset (2021), ont montré l’intérêt d’un agenda de recherche portant sur la socialisation avec et par les médias. Les études de réception ont révélé que les publics sont loin de souscrire passivement au message tel qu’il est codé par les producteurs. Elles soulignent aussi comment le contexte social de réception, notamment les rapports sociaux qui parcourent les publics, intervient au sein de l’activité interprétative pour construire le sens des produits médiatiques (Morley 1980 ; Vörös 2014 ; Berjaud 2016). Néanmoins, elles permettent plus rarement de problématiser la manière par laquelle les contenus médiatiques forment eux-mêmes un contexte social, un intertexte, à partir duquel les publics construisent le sens non seulement des discours médiatiques, mais aussi plus largement font sens du monde social et des interactions sociales au quotidien. Cyriac Gousset pointe cet écueil : « l’étude des processus de socialisation par les médias se différencie des études de la réception qui s’intéressent au cours ou moyen terme et, souvent, à un contenu précis sans nécessairement penser la mise en relation des pratiques médiatiques ou la répétition des pratiques de réception » (Gousset 2021, p. 7). Avec l’étude de la socialisation par les médias, il s’agit de comprendre comment les pratiques de consommation médiatique agissent comme cadre socialisateur, à partir duquel les publics développent des dispositions, et éventuellement des rapports spécifiques au politique. Plusieurs enquêtes permettent ainsi de cerner comment les pratiques médiatiques jouent un rôle socialisateur dans les trajectoires homosexuelles (Pagiusco 2021), de politisation féministe (Albenga 2021), mais aussi comment elles participent à l’intériorisation des hiérarchies culturelles, voire à une socialisation morale et politique (Eloy et al. 2021). Le désajustement entre la perception du discours informationnel et l’expérience quotidienne peut notamment constituer un vecteur de politisation (Dolez 2015). Par ailleurs, la consommation de certains produits médiatiques est mobilisable par les publics pour mettre en cohérence des sources de socialisation dissonantes (Masclet 2021).

En prolongeant cette réflexion dans les espaces en ligne, cette journée d’étude a pour ambition d’explorer les incidences des contextes numériques sur la socialisation politique. Alors que les espaces numériques occupent une place significative dans le quotidien des individus (Couldry et Hepp 2017), comment rendre compte de leurs effets socialisateurs dans les dispositions politiques, c’est-à-dire dans la formation de schèmes de classement, dans les grilles morales mobilisées par les individus pour faire sens du monde social et des rapports de domination qui le constituent ?
Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS
Partenaires :
CEMTI (Université Paris 8) 
.JPEG (Avignon Université) 
FR Agorantic (Avignon Université)

mise à jour le 22 janvier 2026