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Séminaire du CERAM 2026-2028 - L'indécidable

Expressions de l’indécidable dans la littérature médiévale

 

Fondamentale dans des disciplines comme la philosophie ou la psychanalyse, mais aussi dans le domaine scientifique, la notion d’indécidabilité se révèle également particulièrement opératoire, en littérature, pour aborder des œuvres qui résistent à l’interprétation. L’indécidable peut s’appréhender sous le jour de l’ambiguïté et de l’ambivalence, sous celui du feuilleté intertextuel, de l’intergénéricité et de l’intermédialité, ou encore sous celui du paradoxe, de l’équivoque et du détournement, et plus généralement à la faveur de tous les procédés et pratiques qui ouvrent, sans les refermer, des failles et des alternatives interprétatives.

Dans la littérature médiévale, l’indécidable s’invite constamment dans la composition et la diffusion des œuvres, qu’il demeure implicite ou relève d’une stratégie explicite de l’auteur-narrateur, du copiste ou du jongleur, à moins qu’il ne soit dû, plus prosaïquement, à l’inachèvement ou l’altération intempestifs d’un texte ou d’un manuscrit. Il se niche dans la polysémie du lexique et la polyphonie des voix, les jeux savants de l’entrebescar poétique autant que dans les entrelacs sophistiqués de la narration et de la réécriture. Il touche à la question du statut et du rôle de l’auteur-narrateur quand le lecteur, frappé d’incertitude devant des jeux énonciatifs complexes ou contradictoires, se demande « qui parle ? ». Il peut également apparaître dans les entours d’un imaginaire partagé sur fond de contextes socio-culturels et de modes de pensée communs qui se trouvent, à la faveur de l’invention littéraire, brouillés et dépossédés de leur évidence. Au-delà même de l’indétermination propre de l’écriture littéraire (Wolfgang Iser), les textes résistant aux interprétations monolithiques et définitives, dont l’interprétation est proprement indécidable, entraînent leur lecteur-auditeur – médiéval ou non – dans une démarche heuristique assumée comme hypothétique, voire dubitative, et donc ouverte aux réinterprétations, aux réactualisations et aux débats.

En mettant en avant les effets d’indécidabilité que programment les œuvres médiévales, nous voudrions cette année réfléchir sur leurs différentes modalités d’expression (peuvent-ils par exemple participer à caractériser les différents genres littéraires qui se constituent au Moyen Âge ? Se manifestent-ils de la même manière sur la longue durée de leur production ?), et sur les enjeux signifiants des jeux d’ombres et de lumières qu’ils provoquent. De façon plus générale, que disent-ils, pour le lecteur d’hier et d’aujourd’hui, de l’écriture médiévale comme art pouvant certes affirmer et arbitrer, mais aussi, et souvent dans le même temps, ruser, questionner, troubler, voire inquiéter ?
Programme à venir

 


mise à jour le 2 juin 2026