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Journée des doctorants du CEAO 2025

le 17 septembre 2025
9h30-18h00

Programme

9h30 - 10h45 : Assemblée générale du CEAO11h00-11h30 : Accueil des participants

11h30 - 12h00 : Elisabeth GABAIL-GUILLIBERT, « Le Midrash sur Job dans le traité Baba Batra du Talmud de Babylone, 14b-16b : structure et parallèles »

12h00 - 12h30
: Philippe BLANCHARD, « Le Midrash de la création : de l’approche
anthropologique à l’étude littéraire »

12h30 - 14h00 : Pause déjeuner

14h00 - 14h30 : Dani BITTER, « Anonymat, ambigüité, identification et détermination des origines dans les textes aggadiques des rabbins de l’Antiquité »

14h30 - 15h00 : Hanna ARNAUVE-GERSHOVITZ, « Pluralisme du judaïsme français
contemporain : une lecture comparée des responsa halakhiques sur la conversion »

15h00 - 15h30 : Chantal SITRUK, « Discours et silences des femmes dans la Bible hébraïque : de l’analyse littéraire à l’exégèse traditionnelle juive »

15h30 - 16h00 : Pause

16h00 - 16h30 : Yasmine ASPARGUIS, « Les Accords d’Abraham : une révolution silencieuse au Moyen-Orient »

16h30 - 17h00 : Bahaaedin IBRAHIM, « Les réfugiés syriens au Liban et en Jordanie : entre rapatriement autoritaire et séjour précaire »

17h00 - 17h30 : Thierno SYLLA, « Production et diffusion des normes islamiques à Roubaix et ses environs »

Conclusion et clôture de la journée


Résumés

Elisabeth GABAIL-GUILLIBERT, « Le Midrash sur Job dans le traité Baba Batra du Talmud de Babylone, 14b-16b : structure et parallèles »

La séquence (sugya) du traité Baba Batra du Talmud de Babylone, 14b-16b, est consacrée à un commentaire de Job. Le rédacteur final (600-750 de notre ère) a suivi la trame du livre biblique : il part du premier verset (I), s’intéresse ensuite aux deux premiers chapitres (II) puis aux discours de Job (III) avant de conclure sur l’épilogue de l’ouvrage. La séquence comporte donc trois parties principales. La première partie semble inspirée par des sources palestiniennes et tente de déterminer l’époque où a vécu Job et de clarifier son profil ethnique et religieux (était-il juif ou pas ?). La seconde partie est formée de deux sections, l’une centrée sur Job et l’autre sur Satan. Elle fait surtout intervenir des rabbins palestiniens mais la plupart de leurs interprétations n’ont pas de parallèle dans les sources palestiniennes : il est probable que nous ayons affaire à une composition pseudépigraphique. La troisième partie comporte également deux sections. La première, attribuée essentiellement à l’amora babylonien Raba (320-350 de notre ère), interprète les discours de Job de manière négative. Dans la Babylonie de la fin de l’Antiquité, les rabbins ne sont pas les seuls à commenter le livre de Job. Les Pères chrétiens qui écrivent en syriaque voient dans Job un parangon de vertu, préfigurant Jésus. Le Talmud est au contraire plutôt critique à l’égard de Job. Il est donc possible que notre séquence polémique implicitement avec l’approche chrétienne du livre de Job.

Philippe BLANCHARD, « Le Midrash de la création : de l’approche anthropologique à
l’étude littéraire »

En cette deuxième année de doctorat, nous avons poursuivi notre travail sur la dimension littéraire du Midrash Be-reshit Rabba, dans son commentaire du récit biblique de la création, en mettant l’accent sur la notion de rhétorique et en développant une approche analytique des paraboles (meshalim) utilisées par les rabbins. Les premières analyses ont permis de souligner ce qui est sans doute une évidence : le Midrash est d’abord une interprétation du texte de la Bible. Il est difficile, voire impossible, de dissocier l’exégèse, but avoué des rabbins, de la formulation littéraire qui est un point de vue moderne sur le texte. Notre approche de Be-reshit Rabba envisage donc le récit de la création entre exégèse et littérature. La parabole (mashal) est une structure de base de l’exégèse qui consiste principalement en une narration. Elle est très présente dans le commentaire qui nous intéresse et prend une grande variété de formes. Elle reflète les préoccupations intellectuelles des rabbins (représentation et preuve ; contexte humain et contexte divin). La parabole a souvent un caractère « fantaisiste » (imaginaire, littéraire ?), parce qu’elle est une construction artificielle visant à soutenir une signification (le nimshal) qui lui préexiste. Elle exprime une logique à la fois dialectique (sans résolution synthétique) et paradoxale (comme le paradoxe d’une création sans commencement).

Dani BITTER, « Anonymat, ambigüité, identification et détermination des origines dans les textes aggadiques des rabbins de l’Antiquité »

Le texte de la Bible hébraïque est composé de trois parties : le Pentateuque (תורה), les Prophètes (נביאים) et les Hagiographes (כתובים). Il comporte des milliers de personnages. Très nombreux sont ceux qui restent dans l’anonymat, alors que 3000 personnages sont nommés. Notre objectif est de travailler à la fois sur les noms des figures bibliques et sur l’anonymat dans les textes des rabbins antiques, tout particulièrement ceux qui relèvent de la aggada. Cela implique de sélectionner un corpus. Le lexique des noms hébraïques de Tal Ilan est particulièrement précieux dans cette perspective. Nous donnerons dans cet exposé un premier aperçu de notre recherche, qui est encore très embryonnaire.

Hanna ARNAUVE-GERSHOVITZ, « Pluralisme du judaïsme français contemporain : une lecture comparée des responsa halakhiques sur la conversion »

Notre thèse propose d’analyser les formes contemporaines du pluralisme juif en France à travers les discours normatifs autour de la conversion, entendue comme un lieu d’autodéfinition du judaïsme, de la norme et de l’altérité. La conversion constitue en effet un prisme privilégié pour explorer les divergences et convergences entre les différents courants du judaïsme français (orthodoxe, massorti, libéral, sans oublier les courants non-affiliés). Cette problématique s’inscrit dans la continuité d’un questionnement amorcé avec la Haskala, mouvement de modernisation du judaïsme né au XVIII e siècle, qui a fait émerger des tensions fondatrices notamment autour de trois pôles : l’autorité de la halakha (loi religieuse contraignante ou principe éthique évolutif), l’identité juive (biologique ou choisie) et la place des femmes (fidélité à une tradition patriarcale ou aspiration à une égalité rituelle et juridique). Ces lignes de fracture sont mises en scène avec force dans le poème Qoṣo shel yod de Y. L. Gordon, étudié lors de notre mémoire de master, qui constitue ici une matrice interprétative pour interroger les conflits contemporains liés à laconversion. En France, pays de l’émancipation légale, ces tensions prennent une forme singulière. L’étude de textes normatifs (responsa, décisions rabbiniques, communications, chartes de conversion) contemporains (de la Seconde Guerre mondiale à nos jours), confrontée à des témoignages d’acteurs communautaires, vise ainsi à révéler les fondements philosophiques implicites des tensions ou divergences. L’objectif est de mettre en lumière, à travers une approche comparée, les modèles de judaïsme qui se dessinent en filigrane des textes, leurs usages de la tradition, leurs modalités d’actualisation et l’articulation qu’ils construisent entre éthique, loi et identité. Il s’agit de comprendre, à travers les prises de position relatives à la question de la conversion, comment les différents courants du judaïsme en France définissent aujourd’hui leur vision du judaïsme, dans ses dimensions religieuses, culturelles et philosophiques.

Chantal SITRUK, « Discours et silences des femmes dans la Bible hébraïque : de l’analyse littéraire à l’exégèse traditionnelle juive »

Dans la narration biblique, les dialogues occupent une place essentielle : ils contribuent à la caractérisation des personnages et révèlent leurs relations à eux-mêmes, aux hommes et à Dieu. Pour les femmes, leurs paroles constituent de véritables actes, seuls moyens dont elles disposent pour exposer leur point de vue, tenter d’agir sur les autres ou sur Dieu, alors qu’elles se trouvent, le plus souvent, en situation d’infériorité physique, sociale et politique. Mais ces discours sont parfois précédés ou suivis de silences. Certes, le silence traduit la sidération féminine devant la violence masculine, mais il n’est pas nécessairement un signe de passivité, d’infériorité ou de dépression. Il peut résulter d’un choix. À aucun moment, la prise de parole féminine n’est gratuite ou bavarde, car les interactions langagières s’inscrivent régulièrement dans des situations de crise, qu’elles soient familiales ou collectives, que les femmes en soient les protagonistes directs ou qu’un tiers les y implique. Par leurs paroles et leurs silences, ces femmes prennent une part significative dans la résolution ou non de ces tensions. C’est ce que nous nous proposons d’éclairer, en croisant l’analyse littéraire et l’exégèse traditionnelle juive.

Yasmine ASPARGUIS, « Les Accords d’Abraham : une révolution silencieuse au Moyen-
Orient »

Cinq ans après la signature des Accords d’Abraham, leur impact sur les sociétés et les États n’a fait l’objet d’aucune étude d’ampleur et leur réception dans les pays signataires demeure inexplorée. Notre projet de thèse vise à étudier la genèse des Accords d’Abraham et à examiner leur mise en application à l’échelle des sociétés civiles arabes et israélienne. Nous nous interrogerons ainsi sur les principales transformations sociopolitiques et économiques qui affectent le Maroc, les Émirats arabes unis et le Bahreïn depuis la normalisation avec Israël. Comment penser la dynamique stratégique et l’assouvissement d’intérêts géoéconomiques par les pays signataires ? De quelle façon cette nouvelle réalité se traduit-elle à l’échelle sociétale ? Sur le plan idéologique et culturel, le rapprochement avec Israël annonce-t-il l’entrée des États arabes dans un système westphalien marqué par une rupture nationale et religieuse à l’égard des Palestiniens ? À ce titre, quelle longévité connaîtront les Accords d’Abraham étant donné lesentiment anti-israélien que les sociétés civiles opposent à la realpolitik des gouvernants ? Quels seraient les risques pour ces accords en cas de radicalisation de l’extrême droite israélienne ou d’un sursaut des mouvances non alignées d’extrême gauche ? Notre travail de terrain et la réalisation d’entretiens semi-directifs individuels ont facilité l’analyse des récits et des discours locaux intégrant les événements politiques passés et leur impact sur les événements politiques actuels. La collecte des données a impliqué plus de 60 décideurs et acteurs de la société civile aux États-Unis, en Israël, aux Émirats arabes unis, au Bahreïn et au Maroc. Nous commençons à rédiger la thèse tout en tenant compte de certaines évolutions récentes de l’administration Trump. 

Bahaaedin IBRAHIM, « Les réfugiés syriens au Liban et en Jordanie : entre rapatriement
autoritaire et séjour précaire »

Ce projet de thèse examine l’interaction entre les dynamiques de retour des réfugiés syriens et la reconstruction de l’État syrien après la chute du régime. Il vise à analyser la nature du pouvoir en recomposition en Syrie à travers les modalités de retour des réfugiés installés au Liban et en Jordanie. Il cherche à déterminer si ce retour s’inscrit dans un cadre libéral respectueux des droits ou s’il s’effectue dans un contexte autoritaire. Il évalue également le rôle des politiques des pays hôtes dans la facilitation du retour ou dans les entraves auxquelles il se heurte. Notre recherche portera sur deux axes principaux : 1. le processus de reconstruction en Syrie (réformes politiques, sécurité, justice transitionnelle) ; 2. les politiques et discours des États hôtes et leur impact sur les conditions de retour. L’objectif est d’évaluer si les conditions actuelles permettent un retour volontaire, digne et sûr ou si elles privilégient un retour contraint dans un cadre
autoritaire.

Thierno SYLLA, « Production et diffusion des normes islamiques à Roubaix et ses environs »

Notre thèse entamée en décembre 2021 a donné lieu à un travail de terrain, principalement à Roubaix, Lille, Mons-en-Barœul et Liège (en Belgique). Ce travail est presque clos et il a permis de recueillir plus de soixante-dix entretiens avec différents acteurs des villes citées. La thèse, en cours de rédaction, est divisée en trois parties. La première partie explore la production des normes islamiques dans les mosquées de Roubaix et le rôle des imams qui peuvent être des prédicateurs locaux ou des « savants » (‘ulamâ’) de passage, souvent en provenance de l’Arabie. Le sermon du vendredi (jour de fête hebdomadaire des musulmans), même s’il est très ritualisé et qu’il s’appuie sur des références religieuses classiques (Coran, hadiths…), est vraiment la production individuelle d’un imam particulier. La deuxième partie s’intéresse à la diffusion des normes islamiques. Elle traite notamment d’un épisode significatif, celui de la transformation, en 2010, du restaurant Quick du centre commercial Eurotéléport à Roubaix en Quick halal. Cette transformation a provoqué des tensions entre la mairie de Roubaix et des leaders islamiques. Notre dernière partie évoque les résistances à la nouvelle norme islamique. Malgré tous les efforts déployés pour promouvoir et diffuser cette norme, tout le monde n’y adhère pas et tous les musulmans ne se reconnaissent pas dans ce phénomène. De nombreux musulmans de Roubaix sont heurtés par l’image déformée que les médias donnent de leur ville, alors qu’elle est déjà l’une des plus pauvres de France.

Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS

mise à jour le 25 juin 2026