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Noëlle Renaude : positions, frictions, résistances

du 20 février 2026 au 21 février 2026

 

Organisation : Céline Hersant

Présentation : 

Profondément réfractaire aux formules définitives, l'œuvre protéiforme de Noëlle Renaude déjoue les codes, bouscule les frontières, renverse les points de vue, met à mal les hiérarchies, sans se soucier du raisonnable ni des convenances – et ce, à toutes les échelles et dans toutes les composantes de l’écriture : la phrase, le personnage, la fable, le livre, la scène. Cette échappée hors des normes, cette propension à se soustraire aux attentes et aux repères établis, font à la fois la singularité de cette œuvre et sa nécessité.
Se caractérisant, en premier lieu, par un mouvement de renouvellement continu, par un désir insatiable d’interroger les moyens, les modes et les enjeux de l’art en général et du théâtre en particulier, cette œuvre se distingue, simultanément, par quelques tendances prégnantes. De texte en texte, c’est un monde sans message ni grands discours qui se déploie, peuplé de figures à la fois étranges et familières dont Noëlle Renaude met en scène – avec une forme de crudité, d’humour et de tendresse mêlés – les lâchetés, les arrangements, les mesquineries ordinaires, mais aussi, les étonnements, les angoisses, les peines et les joies. Dans cette œuvre tout entière tournée vers le travail des sons et de la syntaxe, les puissances de la parole et la fabrique de l’oralité, il se trouve que les êtres et les histoires auxquels l’auteure donne forme ne constituent jamais un enjeu ni un moteur de l’écriture. Ils n’en sont pas moins l’une des sources du plaisir – ou de la méfiance – que son œuvre peut susciter.
Parfois à ses dépens, au risque des méprises ou des contresens, Noëlle Renaude a le goût du paradoxe : son écriture cultive l'inconciliable, elle joue du contradictoire, procède avec une forme d’insolence, sans fards et sans ménagements, et continue d’évoluer par impasses, crises, impossibilités successives.
S’aventurant à la lisière de ce qui est acceptable pour le livre, la scène, le roman ou le poème, ne jouant du reconnaissable que pour mieux l’inquiéter, Noëlle Renaude place ses lecteurs et lectrices à l’endroit où les savoir-faire vacillent, où les outils de travail éprouvés perdent de leur efficience, et où il faut, partant, les interroger, adapter, renouveler.
Poussées scénaristiques et topographiques, champs d’expérimentation qui dérangent les routines dramaturgiques en interrogeant la frontière entre les genres, leur mixité, assemblage des contraires, éclipses du personnages, marathons verbaux, jeu sur les calibres, réécritures, mise en question de l’oralité, situations déjouées, enquêtes sans mobiles, paysages évanescents, jeux typographiques… : cette grande entreprise de démantèlement des normes et des canons, où s’agrègent une multiplicité de gestes, fait de l’écriture de Noëlle Renaude un chantier poétique et esthétique dont il importe d’interroger les singularités et les obsessions, les endroits de clivage ou de résistance, les puissances de transformation.
Étrangeté de l’histoire, l’œuvre de Noëlle Renaude, malgré son envergure et son inventivité n’a, à ce jour, fait l’objet d’aucune monographie : exception faite de l’ouvrage collectif dirigé par Michel Corvin, "Noëlle Renaude, atlas alphabétique d'un nouveau monde" (Théâtrales, 2010), elle n’a été examinée qu’à la faveur de chapitres ou de contributions épars. Ce vide relatif est insolite au regard d’une production foisonnante – 38 pièces (dont des créations radiophoniques), une centaine de romans alimentaires pour la revue "Bonne soirée", une traduction ("La Source des saints", de J. M. Synge, 2018), un livret pour un spectacle de lanterne magique ("Faust magicien", 2018), un roman biographique ("P. M. Ziegler", peintre, 2022), deux romans noirs dont l’un primé ("Les Abattus", Rivages, coll. « Noir », 2021 prix « Transfuges » du meilleur polar francophone ; "Une petite société", Rivages, coll. « Noir », 2022) ; des incursions dans le poème ("Se délier la langue", Avignon 2023) – et il contraste avec la reconnaissance dont Noëlle Renaude peut par ailleurs jouir dans les milieux artistiques et académiques. Régulièrement jouée, invitée pour intervenir dans des écoles d’art ou à l’université (École nationale supérieure d’arts de Cergy, Haute École des Arts de la Scène de Lausanne, Sorbonne Nouvelle…), elle a été faite, en 2021, Commandeure de l’ordre des Arts et des Lettres – consécration institutionnelle qu’est venue renforcer l’inscription, en 2025, de "Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux", au programme de spécialité “études théâtrales” de l’ENS.
Si ces derniers événements assoient l’importance de cette œuvre, l’écart demeure toutefois saisissant entre, d’un côté, la richesse et l’exigence du geste artistique de Noëlle Renaude, de l’autre, la rareté des études qui lui ont été consacrées. En se saisissant de son œuvre complète (où se croisent écriture dramatique, romanesque et poétique, mais aussi, théorique et critique), ces deux journées de colloque auront donc pour enjeu et ambition : de préciser les processus au travail dans l’écriture de Noëlle Renaude, en se demandant notamment comment ils opèrent au fil de l’œuvre, mais aussi, d’un genre ou d’un médium à un autre ; d’examiner les dyspraxies que cette œuvre provoque chez toutes celles et ceux qui entrent en relation avec elle : quels savoirs pratiques et théoriques vient-elle perturber, quelles manières de faire requiert-elle d’inventer ? ; d’interroger les discours que cette œuvre peut susciter dans le milieu théâtral (qu’il s’agisse de textes signés par des compagnons de route, d’articles parus dans la presse, ou encore, de notes d’intention de spectacles montés en milieu amateur) ; de situer la singularité des points de vue sur l’art et sur le monde que Noëlle Renaude façonne dans ses propres textes ou lorsqu’elle écrit sur d’autres œuvres.
 

Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Théâtre Ouvert (1ère journée)
USN - campus Nation (2nde journée)
Partenaires :
 

mise à jour le 16 janvier 2026


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