Profondément réfractaire aux formules définitives, l'œuvre protéiforme de Noëlle Renaude déjoue les codes, bouscule les frontières, renverse les points de vue, met à mal les hiérarchies, sans se soucier du raisonnable ni des convenances – et ce, à toutes les échelles et dans toutes les composantes de l’écriture : la phrase, le personnage, la fable, le livre, la scène. Cette échappée hors des normes, cette propension à se soustraire aux attentes et aux repères établis, font à la fois la singularité de cette œuvre et sa nécessité.
Se caractérisant, en premier lieu, par un mouvement de renouvellement continu, par un désir insatiable d’interroger les moyens, les modes et les enjeux de l’art en général et du théâtre en particulier, cette œuvre se distingue, simultanément, par quelques tendances prégnantes. De texte en texte, c’est un monde sans message ni grands discours qui se déploie, peuplé de figures à la fois étranges et familières dont Noëlle Renaude met en scène – avec une forme de crudité, d’humour et de tendresse mêlés – les lâchetés, les arrangements, les mesquineries ordinaires, mais aussi, les étonnements, les angoisses, les peines et les joies. Dans cette œuvre tout entière tournée vers le travail des sons et de la syntaxe, les puissances de la parole et la fabrique de l’oralité, il se trouve que les êtres et les histoires auxquels l’auteure donne forme ne constituent jamais un enjeu ni un moteur de l’écriture. Ils n’en sont pas moins l’une des sources du plaisir – ou de la méfiance – que son œuvre peut susciter.
Parfois à ses dépens, au risque des méprises ou des contresens, Noëlle Renaude a le goût du paradoxe : son écriture cultive l'inconciliable, elle joue du contradictoire, procède avec une forme d’insolence, sans fards et sans ménagements, et continue d’évoluer par impasses, crises, impossibilités successives.
S’aventurant à la lisière de ce qui est acceptable pour le livre, la scène, le roman ou le poème, ne jouant du reconnaissable que pour mieux l’inquiéter, Noëlle Renaude place ses lecteurs et lectrices à l’endroit où les savoir-faire vacillent, où les outils de travail éprouvés perdent de leur efficience, et où il faut, partant, les interroger, adapter, renouveler.