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du 10 décembre 2025 au 12 décembre 2025
Organisation
Université Paris Cité :
Guillaume le Blanc, guillaume.le-blanc@u-paris.fr
Université Sorbonne Nouvelle :
Francesca Belviso, francesca.belviso@sorbonne-
CNAM:
Cynthia Fleury, cynthia.fleury-perkins@lecnam.
Présentation
Comprendre pourquoi Michel Foucault fait retour inévitablement dans les généalogies contemporaines des néolibéralismes, c’est s’employer à ressaisir la pertinence du diagnostic du présent qui fut la sienne en 1979 lorsqu’il diagnostiqua le sens et la portée de l’émergence du néolibéralisme au regard de ce qui nous arrive aujourd’hui. Qu’y-a-t-il de nouveau dans le moment néolibéral présent ? En proposant, en 1979, dans le cours professé au Collège de France, Naissance de la biopolitique, une analyse de la « rationalité néolibérale » et de la phobie d’État interprétée depuis les deux grands moments historiques de l’ordolibéralisme allemand et du néolibéralisme américain, Foucault a cherché à ressaisir un changement de paradigme anthropologique majeur avec la venue de « l’homo oeconomicus » intégral désormais pensé, depuis une théorie du capital humain, comme « entrepreneur de lui-même ». Ce qu’il veut articuler pour en dévoiler la genèse? La concurrence économique et l’interventionnisme juridique au service d’une nouvelle technologie de gouvernement de la vie humaine selon un programme d’extension sans précédent des normes économiques. Revenant sur le néolibéralisme américain dans son résumé du Cours, il souligne en quel sens « ce néolibéralisme cherche plutôt à étendre la rationalité du marché, les schèmes d’analyse qu’elle propose et les critères de décision qu’elle suggère à des domaines non exclusivement ou non premièrement économiques ». Ce qui est alors analysé par Foucault ? La distinction entre libéralisme et néolibéralismes, les limites entre interventionnisme et non interventionnisme, la fin du social en tant que tel, l’anti-étatisme, la théorie du capital humain.
En quel sens notre « aujourd’hui » est-il différent de l’analyse critique portée par Foucault? Ce colloque n’arrive pas dans n’importe quel contexte. Il survient dans un moment néolibéral qui est caractérisé, d’une part, par les liaisons du néolibéralisme, du néofascisme et du néo-populisme et, d’autre part, par le développement sans précédent d’une surpopulation de précaires. Il est significatif que le projet néolibéral soit redimensionné par les attendus de la souveraineté autoritaire d’une part, la crise de la démocratie d’autre part et les nouvelles technologies de l’intelligence artificielle enfin. Il est tout autant significatif que cette mobilisation économique s’établisse au moyen de l’expulsion dont le corollaire est l’exclusion. Que ce soit aux États-Unis, en Argentine, en Italie, en France, au Chili, les prémisses néolibérales cohabitent avec le culte du chef et l’extension de populaires surnuméraires.
Dans cette perspective, la question de savoir à quel néolibéralisme nous avons affaire se pose avec plus d’acuité que jamais, tout autant que l’interrogation sur la pertinence des outils théoriques de Foucault pour relever le défi d’analyse.
Plusieurs questions guideront dès lors ce colloque international. Comment interpréter les liaisons dangereuses du néolibéralisme et du néofascisme ? En quel sens la boîte à outils de Foucault peut s’avérer utile dans un contexte de haute précarité induite par l’extrémisme de la rationalité marchande ? Quelle tâche revient à l’intellectuel critique face au néolibéralisme ? Quel sens et quelle pertinence revêtent les luttes nécessaires contre le néolibéralisme ? Peut-on se risquer à une analyse de notre présent en termes de fascisme ? En quel sens les analyses historiques de la montée du fascisme en Italie permettent-elles d’établir ou non ce diagnostic ?
mise à jour le 12 novembre 2025