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Littérature roumaine contemporaine : Mémoires en mouvement

le 15 avril 2026

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Organisation : 

Ioana GALLERON (LATTICE), Maria Crina BUD (EIR), Françoise LAVOCAT (CERC)

Présentation :  

Cette demi-journée se propose d’examiner la manière dont la littérature roumaine contemporaine se situe à la croisée de deux mouvements complémentaires : l’enquête d’un passé éclaté — marqué par les traumatismes du XXᵉ siècle, les fractures générationnelles et les récits manquants — et la saisie d’un présent mouvementé, traversé par l’instabilité sociale, la fragmentation identitaire et les dynamiques migratoires.
La littérature roumaine récente se caractérise par un rapport renouvelé au réel, où l’écriture devient un espace d’investigation, de restitution et de mise en mouvement des mémoires individuelles et collectives. Les écrivain·e·s roumain·e·s explorent ce double axe en mobilisant des matériaux intimes, documentaires ou institutionnels : journaux familiaux, archives de la Securitate, récits de migration, micro-histoires locales, correspondances, photographies, témoignages oraux ou traces lacunaires. Entre autofiction, littérature-enquête, poétique des archives et dramaturgies centrées sur la confrontation entre le politique et l’intime, ils et elles composent des formes narratives qui interrogent simultanément les silences du passé et les éclatements du présent.
 
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Programme :

09h00 :  Ouverture du colloque par Françoise Lavocat, VP Relations internationales

09h10  Romanița Constantinescu (Université de Heidelberg) La littérature roumaine hors frontières : auteurs confirmés et nouvelles voix

Résumé :  Dans un contexte de circulation internationale accrue des œuvres, la littérature roumaine contemporaine se redéfinit de plus en plus à l’échelle globale. La frontière autrefois admise entre canon national et reconnaissance internationale tend à s’estomper : aujourd’hui, la consécration extérieure — traductions, prix, présence dans les festivals et les réseaux éditoriaux — influe directement sur la hiérarchie des valeurs au sein du champ littéraire roumain. Dans un marché du livre relativement étroit, l’attention du public local se porte volontiers vers les auteurs déjà reconnus à l’étranger ; le succès en traduction devient ainsi un puissant facteur de légitimation interne.
Dès lors, l’enjeu n’est plus seulement de maintenir ouverts les canaux de communication avec les marchés étrangers, mais de les diversifier, afin que des esthétiques, des voix et des problématiques multiples puissent circuler. C’est souvent par ce détour international que les œuvres retrouvent leur propre lectorat et contribuent, en retour, à redessiner de l’intérieur le paysage de la littérature roumaine contemporaine.
C’est pourquoi, dans mon intervention, je proposerai quelques noms d’auteurs confirmés, mais aussi de voix émergentes, en tenant compte de cette pluralité : car la littérature roumaine contemporaine ne saurait se réduire à une seule formule, et les jeux d’échanges possibles avec les littératures du monde sont sans doute plus nombreux encore que nous ne pouvons l’anticiper.

09h30 :  Dana Percec (Université de l’Ouest, Timisoara) The Millennial Turn in Romanian Literature

Abstract : After the Romanian Revolution of December 1989, the last decade of the previous millennium was, for Romanian literature, a period of reassessment and retrieval. A significant change in Romanian prose and poetry, although expected and called for, was delayed until the beginning of the third millennium. A combination of factors was necessary: the consolidation of certain tendencies and of a new generation of writers, a detachment from the communist period, as well as the appearance of some publishing houses willing to take risks by investing in the work of new, almost unknown authors.
The present paper focuses on this “millennial” turning point, which began with the timid emergence, at niche publishing houses, of prose writers and poets belonging to the so-called “new generation” (literary, though not necessarily biological). In 2004, this was followed by the launch of a new Romanian prose series at one of the major Romanian publishing houses, Polirom: “Ego.Proză” (“Ego.Prose”). After this moment – one that marked both a shift in cultural mentality and a rediscovery of a readership – the following years proved fertile for both Romanian prose and poetry, and most Romanian writers known and translated abroad today are representatives of this millennial turning point.

09h50 :  Pavel Gheo Radu (Université de l’Ouest, Timisoara) The Impact of the Moldavian Writers in the Contemporary Romanian Literature

Abstract : In the aftermath of the Second World War, with the creation of a Moldovan state incorporated into the Soviet Union, Romanian literature in Romania and in the newly formed Moldovan Soviet Socialist Republic became separated and isolated from one another for almost five decades. After 1990, with the fall of the communist regime in Romania and the declaration of independence of the Republic of Moldova, a process of cultural reunification began. Initially this had a strong patriotic – and therefore ideological – component and it was used rather as a political instrument. Only later, with the emergence of a new generation of Moldovan writers integrated in the Romanian cultural environment, they began to actively influence the literary community in Romania.
The presentation proposed here examines the collaboration of Romanian-language writers from the two countries over the past three decades, as well as the impact that the writers from Moldova have had on literature in Romania. The hypothesis I advance is that Moldovan writers – especially those from the post-1990 generation – have contributed substantially to the revitalization of Romanian prose and poetry at the beginning of the millennium, and today they are fully integrated into Romanian literature, preserving in the same time a strong local identity.

10h10 :  Laura Zavaleanu (Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca) Littérature, mémoire et résistance dans la Roumanie postcommuniste : l'écrivain citoyen et ses voyages extérieurs et intérieurs

Résumé : Dans la période postcommuniste, le rôle de l’écrivain roumain est celui d’un citoyen impliqué. Son regard vif sur le monde essaie de saisir et de comprendre le changement dans toutes ses articulations. Descendu dans la rue et s’exprimant de nouveau dans l’agora, il veut participer directement au renouveau des lois de la cité, avec la conscience aiguë qu’il doit veiller que la liberté ne soit plus entravée. Il porte avec lui le témoignage d’une histoire outragée, d’une souffrance et d’une injustice passées qu’il doit récupérer et transmettre, pour que la mémoire et la catharsis de l’écriture remettent les valeurs et les actes des innocents à leur place et que le sacrifice puisse reprendre du sens. Sillonnant continuellement sur des chemins intérieurs et extérieurs pour surprendre l’essentiel de la condition humaine « en transition » et de l’histoire passée ou contemporaine, il est en même temps un repère fixe et un voyageur inlassable entre des espaces et des temps, des mondes réels ou imaginaires, des cultures et des civilisations. Thaumaturge, l’écriture est un sacerdoce, mais aussi solution de vie personnelle et professionnelle. Souvent, il enseigne aussi et sa vocation de professeur renforce son rôle de modèle intellectuel, moral, déontologique. C’est le cas de trois écrivains et professeurs roumains des plus importants en ce moments en Roumanie, Ruxandra Cesereanu, Corin Braga et Laura Ilea, dont le témoignage personnel et à travers leur œuvre peint une fresque vivante de l’actualité littéraire roumaine.


10h30-10h40 :  pause café

10h40 :  Cristina Hermeziu (revue Scriptor) ‘Ceux du dehors’. Représentations de l’exilé dans le roman La Fontaine de Trevi de Gabriela Adamesteanu

Résumé : Placé au dehors du pays d’origine mais sans couper les ponts avec celui-ci, ayant connu le rideau de fer de ses deux côtés, quel regard porte le personnage-raisonneur Letiția Arcan sur sa condition d’exilée ? Devenue Lety, se sent-elle Française, est-elle toujours Roumaine ? Quel type de rapport réussit-elle à établir avec son pays d’origine ? Le retour de l’exilé(e) est-il possible ? Nous nous proposons de questionner la typologie des représentations que la trame du roman de Gabriela Adameșteanu et son personnage principal projettent (récupèrent, confortent ou interrogent) sur la figure de l'exilé (parti avant 1990), voire de l’émigré (parti après 1990).

11h00 :  Alina Bako (Université de Sibiu) Mémoire ineffaçable et géographie fictionnelle : Les Déracinés (2025), ou l’art de refaire l’Histoire en détail

Résumé : Un document vivant, un livre explorant un monde liminal, oscillant entre réalité et projection imaginaire : héritier du roman subversif des années 1960 tout en s’enracinant dans une prose onirique, Dezrădăcinații (« Les Déracinés ») par Cătălin Ceaușoglu (2025) propose une histoire en mouvement, une dynamique narrative métafictionnelle, ainsi qu’une démythification et une re-fictionnalisation d’une époque vécue par une génération désormais lucide.
À travers des personnages qui traversent l’Europe – de la France à la Roumanie –, incarnant les multiples figures d’un monde grouillant de mystères, l’auteur offre, depuis la perspective de l’année 2025, un regard neuf et une géographie fictionnelle solidement ancrée dans une mémoire réelle. Cette tension entre « fait et fiction » s’inscrit dans le sillage des analyses de Françoise Lavocat (Fait et fiction. Pour une frontière, 2016), qui défend la nécessité de maintenir une frontière – certes poreuse et négociée – entre le réel et l’imaginaire, même à l’ère où celle-ci semble brouillée : la fiction ne dissout pas le fait, mais le reconfigure et le rend habitable par la mémoire et l’interprétation. La présente étude ne se contente pas de retracer une simple « Histoire en détail » (titre de l’émission de la journaliste française dans le roman), mais restitue l’histoire intégrée d’un monde en transformation, où la mémoire ne s’efface jamais totalement et demeure vivante à travers les individus qui portent en eux les autres.

11h20 :  Adrian Muresan (Université de Strasbourg) Mircea Cărtărescu. Une superstar de la littérature roumaine contemporaine & les paradoxes de la réception

Résumé : Mircea Cărtărescu est, sans aucun doute, l’écrivain le plus connu de la littérature roumaine, non seulement aujourd’hui, mais probablement de tous les temps. Son nom circule fréquemment sur diverses « short lists » à l’échelle mondiale et il a été consacré par des prix jusqu’ici obtenus par des auteurs déjà « classicisés » de la littérature du siècle dernier. Postmoderne déclaré, Cărtărescu est également l’un des auteurs les plus « eminesciens » de la littérature actuelle.
Je tenterai de répondre aux questions suivantes : la position de Cărtărescu dans le canon critique roumain s’est-elle modifiée ou est-elle restée constante depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui ? Cette position est-elle influencée par le succès international de l’écrivain ou les deux circuits demeurent-ils, en quelque sorte, parallèles ? L’auteur de Théodoros est-il davantage apprécié dans le milieu international qu’en Roumanie ? La formule cărtărescienne suscite-t-elle des émules parmi les jeunes écrivains ou demeure-t-elle, d’une certaine manière, singulière ? Enfin, et pas des moindres, je me propose de contextualiser la chronologie des traductions de Cărtărescu en France.

11.40- 11.50 :  Discussions

11.50- 12.50 :  Dialogue avec les écrivains Corin Braga, Ruxandra Cesereanu, Laura T. Ilea, animé par Laura Zăvăleanu

Ruxandra Cesereanu
(Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca) Fresques narratives sur le communisme et le post-communisme roumains : trois romans et une autobiographie
L’autrice évoquera les œuvres suivantes : Un singur cer deasupra lor (Polirom, 2013) ; Regii gunoaielor (Polirom, 2024) ; Iesirea (Galaxia Gutenberg, 2025) et O autobiografie graffiti (despre dragoste si razvratire) (Editura Cartier, 2025).

Corin Braga (Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca) Prose onirique
L’auteur présentera la tétralogie Noctambulii (Claustrofobul, Hidra, Luiza Textoris,Ventrilocul) et des journaux de rêves Oniria et Acedia

Laura T. Ilea (Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca) La condition nomade
À partir de son récent roman Je n’ai pas du tout envie de mourir
(ro. N-am chef să mor, Ed. Cartier, 2025) et du volume d’essais Nomadisme. Sur la pensée qui devient corps (ro. Nomadism. Despre gândirea care devine corp, Ed. Litera, 2024), l’autrice parlera de la cohérence paradoxale du nomadisme et surtout de la condition nomade. Elle traitera également d’une mémoire faillible mais aussi des écrivains et des philosophes qui l’ont influencée, directement ou indirectement. Seront évoqués des rencontres manquées mais aussi des moments où la pensée devient instantanément corps, en suivant la perspective d’un nomadisme élargi, de ce qu’Arendt, sur les traces d’Augustin, appelle « l’âme pèlerine ». Les textes évoqués sont écrits à partir d’une pensée qui a commencé il y a longtemps comme une libération brute, mais qui est probablement devenue, avec le temps, respiration planétaire.
 

Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS
Salle Athéna
Partenaires :
Institut culturel roumain, Université de l'Ouest de Timisoara

mise à jour le 19 mars 2026