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"Lire comme un.e autre", Colloque-atelier international dans le cadre du programme "Lire en Europe aujourd’hui"

du 18 mars 2026 au 20 mars 2026
 

Organisation :

Sophie Rabau et Vincent Ferré (Sorbonne Nouvelle), avec un comité scientifique : Camille Bortier (U. d'Anvers), Emmanuel Bouju (Sorbonne Nouvelle), Franc Schuerewegen (U. d'Anvers)

Co-organisation éventuelle : 

Dans le cadre du projet Erasmus + LEA ! Reading Communities, Shaping Identities (REF. 2023-1-PT01-KA220-HED-000158582 : Workshop 3: « Formes du livre, Formes de la lecture »

Présentation : 

Poser que l’on peut lire comme un.e autre revient donc lieu à interroger le lien entre lecture et identité, à se demander si la lecture est forcément l’expression de soi-même, voire à faire l’hypothèse que nous vivons sous l’influence d’un paradigme où la lecture est forcément la marque de notre personnalité singulière, ou comme le disait récemment Franc Schuerewegen : «Dis-moi comment tu lis et je te dirai qui tu es »
C’est à cette aventure à la fois théorique et pratique qu’invite cet événements. Quatre demi-journées seront consacrées à des interventions traditionnelles liées aux interrogations exposées dans l’appel à projet : et notamment archéologie, théorisation, mise en pratique, ou autre proposition. Chaque intervenant.e disposera d’une heure (à organiser comme iel le veut) pour présenter son propos. La dernière demi-journée prendra la forme d’un atelier collectif : on proposera un texte surprise que les participants, seuls ou, de préférence en petits groupes (trinômes idéalement), partiront lire « comme un autre ». Pour les participant.e.s en manque d’inspiration on pourra éventuellement proposer des figures d’alterlecteur.rice.s. À la fin de la journée, chaque groupe rendra compte de la lecture à laquelle ille est parvenu.e.s et un débat en découlera

On pratiquera une archéologie de l’alterlecture en chercher quelques exemples, comme ces fictions de lecture quand Flaubert lit comme Madame Bovary ou quand Fénelon invente, dans ses Dialogues des morts, la manière dont Achille pourrait lire l’Iliade dont il est le héros ; comme ces discours critiques où soudainement le critique devient un autre – on pense, par exemple, au suspicious reader de Booth dans The Company we keep, ou au « narrateur » de Bayard.
On essaiera d’en préciser les cadres conceptuels (ethos, énonciation critique, narrateur de Bayard et alterlecture etc. ),d’en esquisser une conceptualisation et une poétique (lire comme un autre, mais quel autre – autre que moi-même parce que je vais contre l’identité que je me donne, autre que moi-même parce que je lis à contre-courant de ma communauté, autre que le lecteur.ice. dessiné.e par le texte (alterlecture contrelectorale ?), autre que… ?).
Mais surtout—il est grand temps – on se lancera dans une pratique d’alterlecture, chaque participant proposant des figures de lecteur.ice. –humaine, robotique, animale (car enfin les chats lisent), voire végétale (les arbres portant des feuilles, rien n’empêche, du moins en français, de penser qu’iels lisent à leur manière), chacun.e, en groupe ou seul, partant faire lire ces lecteur.ice.s, inventer leur analyses, leurs réactions, leurs attentes, leurs peines et leurs inconforts, leur plaisirs et leurs rires, qui ne seront pas les mêmes, chacun.e, en groupe ou seul.e, revenant dire, à la fin de la journée, à quoi ressemble à présent le texte qu’une autre a lu, à quoi ressemble à présent notre idée de la lecture.
Tout cela dans l’espoir de faire de la lecture un exercice d’hospitalité

------- présentation détaillée-------
Pour une théorie de l’alterlecture
Comment, pour commencer, se nommerait un lecteur.ice. qui ne serait pas moi et à qui je déléguerais une lecture ? Comment la professeure aurait-elle pu dire à ses étudiantes que ce ne serait pas elles qui liraient mais, pour ainsi dire, un.e alterlecteur.rice? À la question répond un vide, un silence lexical et conceptuel : lorsque Pierre Bayard expliqua qu’il ne voulait pas qu’on le rende responsable de certaines de ses lectures, il parla de « narrateur « pour désigner cet autre qui, dans ses essais, ne narrait pas grand-chose, mais lisait, assurément.
Vérités des lectures
Dans le cas de Bayard, cet.te alterlecteur.ice. était le sûr moyen d’inventer une lecture pour ainsi dire fictive, soit de faire sur le texte des affirmations que l’on veut pas (ou ne peut pas) « prouver », d’accomplir en quelque sorte des actes de lecture feints, des pseudo-prédications sur le texte, comme Searle parlait d’actes illocutoires feints à propos de la fiction. De même que la fiction permet de faire advenir et d’explorer des mondes inconnus, de même la lecture déléguée permettrait d’explorer le texte en des recoins où l’on ne se rend guère d’ordinaire, d’y envoyer en éclaireur cet.te autre lecteur.ice. qui n’a pas froid aux yeux et, surtout, pas de compte à rendre. C’est donc d’abord le statut de vérité de la lecture qu’interroge l’idée d’alterlecture.

Pluralisations alterlecturales
Dire que je lis comme un autre, voire comme plusieurs autres, c’est alors poser qu’il existe, au moins, deux lectures du même texte ; c’est lire en admettant qu’il n’existe pas une seule et « bonne » lecture– la mienne, celle que je fais en mon nom et dont je revendique la propriété, la responsabilité – mais des lectures faites par plusieurs autres. Déléguer sa lecture revient à varier le texte comme on varie les lecteur.ice..ice.s, de le pluraliser autant qu’on pluralise les lecteur.ice.s.

Faire de l’alterlecture sans le savoir
Impossible ?
Pas si sûr, car il se pourrait nous lisions déjà comme un.e autre sans nous en rendre compte, notamment dans le cadre universitaire.
Nous lisons comme un.e autre depuis, au moins, la naissance du paradigme herméneutique, chaque fois que nous prétendons restituer, moitié par la science moitié par l’empathie et la divination (Schleiermarcher), la pensée et l’intention de l’auteur : alors nous livrons non pas tant notre lecture que celle que l’auteur.e aurait donnée de son texte. Cet effort, toujours incertain et partiellement spéculatif, de « reconstitution », rien n’empêche qu’il serve à concevoir et forger n’importe quelle lecture d’un texte : il suffit de connaître le contexte, la langue, d’accepter de s’identifier à un autre que soi, pour se rapprocher d’une lecture qui n’est pas la nôtre. Nous savons le faire.
Nous lisons comme un autre, pour une autre raison et sans même nous en apercevoir. Qui est donc ce « lecteur » neutre et réputé.e objectif, souvent désigné au masculin, qui lit quand j’analyse le texte ? Et quand j’écris que le lecteur sent bien ici tel effet d’ironie, ou qu’il (toujours ce masculin) s’émeut du pathétique, qu’il s’identifie à ce personnage, se demande ce qui viendra ensuite, est-ce vraiment de moi que je parle ? Ou d’un autre, d’une figure étrangère et différente de chacun, ce « lecteur » que je fais mine d’être puisque c’est ce que l’on m’a appris à faire.
À moins, encore, que chacune de mes analyses, voire de mes lectures ne m’entraîne à fondre ma singularité dans la manière d’une communauté (interprétative) : dire que je lis c’est alors dire que je lis comme d’autres, comme « nous » mais non comme moi. Penser l’altérité lectorale, c’est donc aussi, interroger notre identité de lecteur.rice car il se peut aussi que je ne sois pas si souvent « moi » quand je lis. Ce masque lectoral qui voile mon « je » n’entre-t-il pas en contradiction avec le préjugé qu’on ne peut lire qu’en étant soi-même ?
Lire comme un autre, cela serait d’abord reconnaître, assumer, que je ne suis jamais tout à fait à moi quand je lis, et transformer ce non-dit en méthode revendiquée.
Auto-défamiliarisation
Mais l’autre que je fais lire, ne vais-je pas, c’est certain, le ventriloquer, parler à sa place au lieu de le laisser lire tout seule ? Les subalternes ne peuvent pas parler. Il ne manquerait pas qu’iels ne puissent plus lire… On peut aussi voir les choses autrement. Car l’alterlecture ne prétend à ni la vérité de sa reconstitution (il est certain qu’un queer lirait de la sorte) ni à l’exactitude de sa lecture (il est certain que le texte queerisé serait tel). Elle constitue plutôt un salutaire exercice d’auto-défamiliarisation, où je vais chercher en moi ce qui me rapproche de l’autre, chercher ailleurs de quoi non pas décrire mais concevoir ce que peut être sa lecture. De même, elle ne voit pas dans l’identité de l’autre que je pose en lecteur.ice..ice. un carcan figé et invariable, mais une entrée différente, un écran qui change la couleur du texte et se dissoudra dès que s’achèvera la lecture. Lire comme un autre, c’est beaucoup plus accepter de ne pas lire comme soi-même que prétendre savoir qui est l’autre. C’est accepter de pleurer sur ce qui me laisse de marbre, de rire de ce qui ne m’amuse pas, de mettre au centre ce que je négligeais, de changer de méthode aussi, d’altérer mes habitudes d’analyse, de lire en faisant ce que je ne fais pas, voire ce que l’on m’a appris à ne pas faire. À lire comme un autre, je risque moins de ventriloquer que de me découvrir autre et de trouver un autre texte. Et si, par le plus grand des hasards, je me trouve lire alors que je suis en position dominante, ou encore en délégant, sans le dire, ma lecture à un lecteur dominant, lire ouvertement comme un autre, c’est accueillir les lecteur.ice.s, et donc les lectures, minorées et/ou exclues, accueillir tout au moins la possibilité de ces lectures, former une communauté de lecture ondoyante et variable dont les contours ne cesseraient de bouger.

Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Sorbonne Nouvelle
Maison de la recherche, 4 rue des Irlandais, 75005
Partenaires :
U du Minho, Portugal, Aniko Adam (U Pazmany, Budapest),  Maria Cabral (U Aveiro,  Portugal), Andrea Del Lungo (U Rome La Sapienza),  Maria de Fatima Outeirinho (U Porto, Portugal), Petr Dytrt ( U Brno, République tchèque), José Domingues de Almeida (U Porto, Portugal), María Victoria Ferrety Montiel (U de Cadiz, Espagne), Domingo Pujante González  (U de Valence, Espagne)

mise à jour le 10 février 2026


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