La « bataille culturelle » se traduit par une banalisation des discours d’extrême droite qui se répandent dans les médias traditionnels, les réseaux sociaux, les industries culturelles. Ce colloque international qui se tiendra les 23 et 24 juin 2026 propose d’interroger les ressorts d’une résurgence des extrêmes droites au prisme de l’ordinaire, en s’intéressant pour cela aux liens entre hybridations idéologiques, médias et culture. Il s’inscrit dans une approche interdisciplinaire, au croisement des sciences de l’information et de la communication, de la sociologie, de la science politique et des Cultural Studies, afin de privilégier les approches communicationnelles et culturelles des phénomènes politiques contemporains.
Ainsi, un premier axe de réflexion mettra l’accent sur la variété et le caractère sans cesse évolutif des termes utilisés pour désigner ce phénomène, qu’il s’agisse d’appellations indigènes, avec des déclinaisons nationales centrées sur la figure du leader - trumpisme, bolsonarisme, mileisme, etc. - ou des classifications scientifiques censées en rendre compte. Dans quelle mesure des concepts tels que le populisme ou le fascisme sont-ils encore valides pour étudier la radicalisation d’extrême droite ? Comment examiner ses formes contemporaines sans cloîtrer l’analyse dans de catégories préconçues, au risque de passer à côté de ce qui fait la nouveauté et le caractère adaptatif du phénomène ?
Ces réflexions vont de pair avec les modalités de circulation, de légitimation et d’adhésion aux idées et représentations des extrêmes droites dans le contexte actuel. Un deuxième axe questionnera donc le rôle des médiations industrielles et technologiques dans les dynamiques de diffusion et de construction d’une certaine acceptabilité sociale de ces idées au sein de la société. Comment les stratégies de certains groupes industriels d’investissement et de rachats dans les secteurs de la culture et des médias convergent-elles avec des projets politiques d’extrême droite de conquête ou de consolidation du pouvoir ? Comment les médias traditionnels participent-ils, volontairement ou non, à la diffusion des thèmes et imaginaires des extrêmes droites ? Dans quelle mesure le journalisme se transforme-t-il face à ces contraintes économiques et politiques ? Qu’est-ce que cela implique d’un point de vue démocratique ? Quel rôle, pour leur part, les plateformes et pratiques numériques jouent-elles dans les dynamiques de circulation et de pénétration d’idées et l’adoption de comportements réactionnaires par les citoyennes et citoyens ? Quels types d’organisation, formats et acteurs favorisent cette dynamique et pourquoi ? Comment cela façonne-t-il des représentations politiques « par le bas », dont les effets se font également sentir lors des échéances électorales ?
Pour saisir ces enjeux, un troisième axe mettra l’accent sur la manière dont les mondes de la culture sont, eux aussi, investis par ces imaginaires politiques. Quelles stratégies tout à la fois rhétoriques, narratives et esthétiques sont déployées pour combattre et/ou subvertir des dispositifs, pratiques et milieux professionnels assimilés au progressisme et, pour le dire vite, au « wokisme » ? Dans quelle mesure une esthétique (néo)fasciste pénètre-t-elle ou instrumentalise-t-elle la culture populaire ? Par quels moyens affichés ou détournés des pressions politiques ou économiques s’exercent-elles pour censurer les expressions artistiques engagées en faveur de l’inclusion et de l’égalité des droits ou réécrire l’histoire - dans les musées par exemple - dans un sens réactionnaire ? A l’inverse, dans quelle mesure les institutions, mondes professionnels et pratiques liés à la culture peuvent-ils être des leviers de résistance face à la montée des forces réactionnaires dans l’espace public ?
Enfin, un quatrième axe accueillera des réflexions sur les publics des extrêmes droites, afin d’interroger leur rôle dans le processus de banalisation des idées, représentations et discours portés par ces dernières. Peut-on homogénéiser les caractéristiques des publics militants et sympathisants des extrêmes droites aujourd’hui ? Quelle place les publics non militants jouent-ils dans le processus d’amplification des imaginaires des extrêmes droites contemporaines ? Comment leurs visions du monde sont-elles reçues, appropriées, voire resignifiées par différents segments sociaux, culturels et générationnels ? Pourquoi des questions de société, celles relatives aux rapports de genre et aux identités, notamment, deviennent-elles des terrains féconds pour les extrêmes droites contemporaines ? Dans les espaces des discussions « ordinaires », hors ou en ligne, comment s’expliquent des dynamiques d’adhésion ou de rejet à l’égard des idées d’extrême droite ? Où se situent les ambiguïtés (on pense par exemple à l’ambivalence de certaines formes d’humour) ? Quels y sont les points de contact, de dialogue, ou à l’inverse d’affrontement et de polémiques ? Quels sont enfin les facteurs favorisant la circulation transnationale des formes et des idées d’extrême droite, tout en les articulant à des particularismes nationaux ?
Axes du colloque
Axe 1 - Entre glissements sémantiques et évolutions historiques : quels cadres conceptuels pour penser l’« extrême droitisation » aujourd’hui ?
Axe 2 - Stratégies politiques, économiques et éditoriales : la résistible ascension de l’extrême droite dans les médias
Axe 3 - La culture dans le viseur : révisions et résistances
Axe 4 - Les publics des extrêmes droites : appropriations, confrontations, circulations