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Journée d'études S'engager, s'informer, contester

le 8 juillet 2026

 

Organisation :  

Camila Moreira Cesar, maîtresse de conférences (Université Sorbonne Nouvelle, IRMÉCCEN)
Sandra Hamiche, chercheuse postdoctorale (Université Sorbonne Nouvelle, IRMÉCCEN)
Annabelle Amzat, stagiaire de recherche (Université Sorbonne Nouvelle, IRMÉCCEN)
Karim Sijilmassi, stagiaire de recherche (Université Sorbonne Nouvelle, IRMÉCCEN)


Présentation : 

La participation politique des jeunesses, comprises comme des constructions socio-historiques dont les « modalités d’exercice » évoluent au fil du temps (Ariès, 1960 ; Galland, 2009), est une question centrale pour le bon fonctionnement de la démocratie représentative. Cependant, les formes de politisation juvéniles dans la plupart des démocraties occidentales présentent 1) une forte défiance institutionnelle, 2) un comportement électoral intermittent à tendance abstentionniste, et 3) une culture protestataire devenue hégémonique (Muxel et Zulfikarpasic, 2022). Ces attitudes sceptiques, qui peuvent être lues à l’aune du phénomène des « citoyens critiques » (Norris, 2011), s’inscrivent dans un contexte plus large de défiance envers les acteurs et institutions représentatives (Norris, 2022 ; Foa & Mounk, 2016 ; Blondiaux, 2021). En effet, les nouvelles générations perçoivent les élites politiques comme corrompues et incapables d’entendre les vrais besoins de la population et de la protéger des effets nuisibles du capitalisme contemporain, à l’instar des crises économiques, du dérèglement climatique, des transformations du monde du travail, de la hausse du chômage ou encore des oppressions de genre (Lardeux et Tiberj, 2021). En France, ce problème devient particulièrement visible après les Trente Glorieuses, période qui marque un déclin important des conditions de vie des générations nées à partir des années 1960 (Durovic et Duvoux, 2024 ; Peugny, 2022). 

Dans ce contexte, l’engagement et la participation politique des jeunes deviennent une énigme pour les acteurs et institutions. Malgré le dynamisme des nouvelles générations dans leurs formes de socialisation et de contestation politiques, le taux d’abstention élevé à chaque échéance électorale témoignerait d’un désintérêt de cette tranche de la population envers la politique dite « traditionnelle ». Ce constat questionne sur la santé de notre système représentatif et sur la capacité de ses institutions à s’adapter aux attentes et répondre aux besoins des jeunesses. Toutefois, bien que ces dernières sembleraient aujourd’hui s’intéresser peu, voire ne pas se sentir concernées par la politique politicienne, elles ne seraient pas nécessairement moins politisées ou engagées civiquement que les générations précédentes (Beaulieu, 2021). Souvent réduits à leur identité d’étudiant·e·s, les jeunes forment en effet une catégorie sociale variée, influencée par diverses motivations et inégalités socio-culturelles qui façonnent leur culture politique et déterminent leur engagement citoyen (Greissler, Lacroix et Morissette, 2020). Ainsi, s’interroger sur l’intérêt des jeunes pour la politique suppose de prendre en compte le fait que le renouvellement générationnel s’accompagne d’une transformation des cultures citoyennes (Muxel, 2018). Celles-ci sont de nos jours étroitement liées à l’émergence de nouvelles pratiques d’information et à des enjeux socioculturels clivants, qui méritent d’être examinés de plus près.

En Europe, la création de structures spécifiques (Conseils, parlements, conventions citoyennes et associations étudiantes) à partir des années 1990 vise à faire participer les jeunes et témoigne d’une reconnaissance croissante de ce groupe en tant que citoyen·ne·s (Becquet, 2005). Ces initiatives, aussi bénéfiques soient-elles, restent pourtant cadrées par les services de l’État. En outre, elles tendent à toucher une partie spécifique du public cible : celle disposant de ressources matérielles importantes, plus disponible et déjà politisée ou avec des prédispositions en ce sens (Chaudouët-Delmas, 2022). En revanche, les travaux qui s’intéressent aux parcours des jeunes « désengagés » qui, par contrainte ou par conviction, choisissent de ne pas s’investir du tout ou de s’impliquer autrement dans la vie collective restent rares. En effet, les nouvelles générations semblent privilégier des formes de participation politique moins traditionnelles et s’engagent dans des actions qui correspondent davantage à leur « idéal » (Robert-Mazaye, 2017), en phase avec l’individualisation de notre modernité avancée (Thoury, 2017) et les valeurs de dérision et de transparence propres aux cultures numériques (Dagnaud, 2011). Leur participation à la vie de la Cité passe désormais par des formes d’engagement personnalisées et personnalisables, propulsée par leurs affects (Grossberg, 2014) et sentiments d’identification (Hall, 2017). En ce sens, les objets culturels qui leurs sont destinés deviennent également des supports de socialisation politique ordinaire et/ou connaissent des appropriations de ce type. La proximité sociale et affective, de même que les affinités idéologiques, déterminent ainsi la participation citoyenne des nouvelles générations, pour qui l’agir politique prend forme à différents niveaux au sein de réseaux de solidarité dédiés à des causes qui leur sont chères (féminisme, environnement, immigration, religion) et pour lesquelles les plateformes numériques servent de canal d’expression privilégié. Au lieu de les penser « indifférents » aux enjeux politiques, on peut alors supposer que les jeunesses seraient « juste différentes » dans leurs modes d’expression et d’engagement politique (Tiberj, 2020 ; Balleys, 2017). 

Dans ce contexte, les implications sociales et politiques des technologies numériques méritent également d’être prises en considération, dans la mesure où elles s’inscrivent dans nos modes de vie et produisent des formes de vivre ensemble séparément (Méadel, 2019). Les médias numériques, en tant qu’espaces de présentation de soi et de mise en relation à distance (Proulx, 2006 ; boyd et Ellison, 2007 ; Mercklé, 2016 ; Cardon, 2019), sont aujourd’hui pour les générations Y et Z, une source d’information et un espace de socialisation politique majeur, même si une confiance supérieure est accordée à la télévision et aux discussions avec la famille et les ami·e·s, notamment au sein des classes populaires (Masclet, 2018 ; Seux, 2018 ; Boyadjian, 2020 ; Jehel et Meunier, 2025). En articulant plusieurs cercles d’influence au sein d’un même dispositif, ils fournissent des grilles de lecture permettant aux individus de « décoder » le monde politique. Bien qu’il y ait très peu de preuves suggérant une correspondance entre l’utilisation des outils numériques par les jeunes et l’augmentation de leur participation politique (Boulianne et Theocharis, 2020), force est de constater que signer des pétitions ou défendre des causes sur internet, un blog ou un réseau social, demeurent les formes d’engagement politique les plus répandues au sein de cette catégorie (CRÉPOC, 2023). Cependant, les recherches portant sur la question tendent à survaloriser les jeunes les plus mobilisés en ligne (Théviot, 2013), c’est-à-dire, ceux qui disposeraient des ressources matérielles, culturelles et cognitives nécessaires pour utiliser voire investir les espaces numériques dans une visée politique à tendance participationniste. Les clivages sociaux, de classe et de genre n’apparaissent ni ne disparaissent sur les plateformes numériques, ce qui (re)produit des asymétries dans les pratiques en ligne, y compris chez les digital natives (Balleys, 2017). Examiner les pratiques en ligne des jeunes à travers le prisme des inégalités socio-culturelles permet de mieux comprendre comment les outils et plateformes numériques impliquent des formes de socialisation politique spécifiques (Boyadjian, 2022). Cela nécessite également de prendre en compte les cadres de référence utilisés pour donner sens à leurs actions. 

Organisée dans le cadre du projet « Participation politique et pratiques informationnelles au prisme des inégalités socio-culturelles : Enquête sur les 16-30 ans en Ile-de-France » (lauréat 2024 du dispositif Chaire de recherche SHS de la Région Ile-de-France), cette journée d’étude vise à examiner les rapports des jeunesses à la démocratie dans un contexte de brouillage des repères politiques traditionnels et de transformation du paysage médiatique. En s’appuyant sur les apports de la sociologie, de la science politique et des sciences de l’information et de la communication, il s’agira d’interroger les logiques sociales et symboliques qui structurent les rapports des jeunesses françaises au politique et, plus largement, à la démocratie. Les analyses porteront sur les enjeux et thématiques susceptibles de susciter l’engagement ou, à l’inverse, le retrait des jeunesses vis-à-vis des formes instituées de participation. Elles pourront également s’intéresser au renouvellement des répertoires d’action, au rôle des pratiques d’information dans les processus de socialisation politique, ainsi qu’aux représentations sociales et culturelles du/de la politique et leurs réceptions et appropriations par cette population hétérogène. 

Sans s’y limiter, les propositions de communication peuvent s’inscrire dans l’un des quatre axes suivants, ou les traiter transversalement.




Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS

mise à jour le 22 janvier 2026


Affiche


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Programme


Programme

Modalités de soumission


Les propositions de communication sont attendues pour le 20 mars 2026. Elles doivent contenir les éléments suivants et ne pas dépasser 500 mots :

  • Un titre ;
  • L’affiliation et les coordonnées complètes du, de la ou des auteur·trices ;
  • La problématique traitée et un bref survol des écrits scientifiques ;
  • Un résumé de l’approche théorique et méthodologique et des données utilisées/du cas étudié ;
  • Un résumé des résultats obtenus (ou prévus au moment de la journée d’étude) ; 
  • Les références bibliographiques citées (ne comptent pas dans le nombre de mots).

Les communications proposées devront idéalement s’appuyer sur des données empiriques. Néanmoins, des contributions à visée théorique et/ou méthodologique sont également les bienvenues. En cas de doute, nous vous invitons à communiquer avec le comité organisateur. Les propositions de chercheuses et chercheurs émergent·e·s sont encouragées.

Les propositions peuvent être envoyées aux adresses suivantes :  

Merci d’indiquer en objet : « Communication – Journée Jeunesses et démocratie ».