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Journée d'étude internationale "Pasolini, la voix dénonciatrice des nouveaux spectres du fascisme"

le 16 octobre 2026

 

Organisation :

Francesca Belviso francesca.belviso@sorbonne-nouvelle.fr

Présentation : 
 
Cinquante ans après l’assassinat de Pier Paolo Pasolini sur une plage d’Ostie, la puissance de sa pensée critique demeure d’une actualité saisissante. Poète, romancier, cinéaste et journaliste, Pasolini a construit une œuvre traversée par une vigilance intellectuelle rare, capable d’anticiper les transformations profondes des sociétés occidentales. Aujourd’hui, alors que se déploient sous nos yeux des formes renouvelées de gouvernementalité néolibérale et des résurgences inquiétantes de logiques néofascistes, son regard apparaît comme un outil précieux pour interroger notre contemporanéité.
À rebours de toute lecture strictement historique du fascisme, Pasolini n’a cessé de montrer qu’il existe des métamorphoses insidieuses de la domination, plus discrètes mais parfois plus efficaces, qu’il qualifiait dès la fin des années 1960 de « nouveau fascisme » ou de « fascisme de la consommation ». Ces analyses, longtemps perçues comme excessives, résonnent désormais comme de véritables dénonciations politiques. Elles éclairent avec une force renouvelée la fabrique des subjectivités dans les sociétés de marché, la normalisation croissante des imaginaires, ainsi que l’érosion progressive des formes traditionnelles de dissidence.

L’actualité déroutante de Pasolini tient précisément à cette capacité singulière qu’ont certains penseurs à saisir les contradictions profondes de leur époque avant qu’elles ne deviennent manifestes. Il appartient à cette catégorie d’observateurs lucides qui perçoivent avant les autres la logique des temps nouveaux, tout en ayant la conscience douloureuse que ces transformations sont déjà présentes, irréversibles, inscrites dans les structures sociales et culturelles. Pasolini est ainsi devenu, plus que jamais, notre contemporain : non pas seulement parce que ses intuitions se vérifient, mais parce qu’il nous offre encore un langage et une sensibilité pour nommer les spectres politiques qui hantent notre présent.

Cette journée d’étude internationale souhaite approfondir l’examen de cette pensée foisonnante, en accordant une attention particulière à la dernière période de la création pasolinienne. Celle-ci se caractérise par une radicalité croissante, un geste critique de plus en plus intransigeant, et un recours obstiné à des formes artistiques capables de résister à l’homogénéisation culturelle imposée par les logiques de pouvoir. Deux ouvrages en particulier seront au cœur de notre réflexion : Pétrole, entreprise littéraire labyrinthique et inachevée, souvent considérée comme le testament intellectuel de Pasolini, et Salò ou les 120 journées de Sodome, son ultime film, qui transpose l’univers sadien pour dénoncer la violence structurelle et la marchandisation intégrale des corps dans les sociétés contemporaines.

Ces deux productions posthumes, radicales et dérangeantes, constituent un véritable laboratoire de pensée pour comprendre les mutations du fascisme sous ses formes nouvelles : un fascisme sans uniforme, diffus, intériorisé, qui agit moins par la répression directe que par la séduction consumériste, l’expropriation du langage et la dissolution du sens critique. En ce sens, l’œuvre tardive de Pasolini apparaît comme un modèle de résistance intellectuelle, une réponse intransigeante – parfois même héroïque – à la barbarie subtile de son époque, qui préfigure certains traits de la nôtre.

Interroger Pasolini aujourd’hui, ce n’est donc pas seulement revisiter un auteur majeur du XXᵉ siècle : c’est se confronter à un miroir critique de nos propres dérives politiques et culturelles. C’est chercher, à travers le ton de sa voix, les outils nécessaires pour décrypter les nouveaux « fascismes de la douceur », les conformismes imposés par la marchandisation du monde et les formes larvées de domination qui s’abritent derrière les promesses de liberté.

Six pistes de réflexions possibles pourront dès lors orienter les interventions des chercheuses et des chercheurs lors de la journée d’étude :

1. Pasolini théoricien du « nouveau fascisme » : continuités et métamorphoses.

Il s’agira d’examiner la conceptualisation pasolinienne du fascisme de consommation, de la normalisation culturelle et de l’homogénéisation des comportements. Les intervenant.e.s pourront analyser la pertinence de ces notions pour interpréter les formes contemporaines de néolibéralisme autoritaire, de populisme et de surveillance diffuse.

2. Pétrole : une écriture labyrinthique comme outil d’enquête politique.

Cet axe pourra se concentrer sur Pétrole comme texte hybride où le romanesque, l’autobiographie et l’essai s’entrelacent pour dévoiler les rouages du pouvoir dans l’Italie des années 1970. Les chercheurs pourront interroger la dimension dénonciatrice du roman ainsi que sa capacité à éclairer les liens modernes entre capitalisme, corruption et gouvernementalité.

3. Salò : figurer la violence structurelle et la marchandisation des corps.

Les interventions pourront analyser la mise en scène de la domination et de la déshumanisation dans Salò, en la replaçant dans les débats esthétiques sur la représentation du sadisme et du totalitarisme. L’axe invite également à réfléchir à l’actualité du film face aux logiques contemporaines de spectacularisation de la violence, d’exploitation des corps, de pratiques de consommation.

4. Pasolini journaliste : la parole critique comme geste de résistance.

Cet axe s’intéressera au rôle de Pasolini dans l’espace public, à son écriture polémique et à sa capacité unique à lire les mutations sociales à travers des articles, chroniques et interventions médiatiques. Les intervenant.e.s pourront interroger la figure de Pasolini comme « intellectuel dissident » et la pertinence de cette posture à l’ère des médias numériques et de l’information-marchandise en accordant un intérêt particulier aux procès permanents auxquels l’intellectuels lui-même a dû faire face.

5. Corps, sexualité et pouvoir : vers une anthropologie pasolinienne du politique.

Les études pourront aborder la manière dont Pasolini relie étroitement l’expérience corporelle, la sexualité et la domination politique. Il s’agit d’un terrain fécond pour penser les formes actuelles de contrôle des corps, de moralisation politico-médiatique et de biopolitique.

6. Pasolini et l’hypermodernité : un diagnostic anticipé de notre présent.

Cet axe explorera la dimension prophétique et hypermoderne de l’œuvre pasolinienne. Les chercheuses et els chercheurs pourront étudier sa capacité à anticiper la crise du lien social, la dissolution des cultures populaires, la transformation du rapport au langage, ou encore la reproduction des inégalités à travers les nouveaux médias et la culture de masse.

Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS
Partenaires :
 

mise à jour le 27 janvier 2026


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