Le colloque “Genre et âge dans les littératures médiévales” est le point d'aboutissement d'une réflexion menée depuis plusieurs années par les chercheuses et chercheurs du groupe de recherche LIMA·GE (Littératures du Moyen Âge et Genre,
https://limage.hypotheses.org).
Cet événement, dont le groupement de recherche international LIMA·GE est à l'initiative, est organisé conjointement par la Sorbonne Nouvelle (Dominique Demartini, Bénédicte Milland-Bove, CERAM) et l’Université Clermont Auvergne (Sébastien Douchet, Nathalie Bragantini-Maillard, CELIS, Nora Viet, IHRIM).
Les rapports entre genre et âge forment deux systèmes en interaction constante. Malgré leur double nature culturelle et biologique, ils ont souvent été naturalisés et essentialisés. Genre et âge déterminent, par leur intersection, la construction des trajectoires individuelles et organisent des rapports de pouvoir inter-individuels et collectifs, de façon spécifique selon les contextes spatio-temporels considérés.
C'est dans les littératures du Moyen Age, en tant que champ d’interaction entre société, discours et représentations, que ce colloque propose d'examiner cette double détermination. L’intersection des problématiques genre-âge-textes du Moyen Âge nécessite d’envisager trois temporalités enchâssées : celle du (ou des) temps de la vie, elle-même prise dans la temporalité textuelle, elle -même ancrée dans un temps historiquement éloigné du nôtre. Elle suscite deux grands groupes d’interrogations:
1. Comment le texte médiéval rend-il compte des temps de la vie et y a-t-il une distinction dans cette construction des âges en fonction du genre ?
La question de la conscience de l’âge et de son axiologie, telle que le texte littéraire les exprime, les représente et les construit, est au cœur de ce premier faisceau problématique. L’âge est-il genré et relève-t-il d’une perception biologique, d’une expérience, ou d’une construction sociale, culturelle et littéraire ? Les âges de la femme, de l’homme, sont-ils différenciés, et selon quels critères ? Obéissent-ils à une logique de genre binaire, ou à une logique fluide (on pense aux personnages travestis, transsexuels, eunuques, etc. ?).
2. Réciproquement, qu’est-ce que l’âge revendiqué, représenté, construit, peut produire dans le texte médiéval et quelles poétiques implique-t-il ?
La problématique de l'intersection du genre et de l’âge est susceptible de conditionner, modeler le texte littéraire ou en tout cas interagir avec lui, dans sa forme, son genre, son contenu. Interviendront ici les questions relatives au genre et à l’âge des auteurs/autrices, des personnages dans les univers de fiction, des personnes réelles ou fictives auxquelles la parole littéraire est adressée.
- Quelles sont les interférences entre l’âge du scripteur et le texte ?
- Y a-t-il un âge pour écrire, lire, tel ou tel texte ?
- Existe-t-il une corrélation entre âge et genre textuel, et y a-t-il des genres de vieux, des genres de jeunes, des genres pour tous les âges ?
- L’âge agit-il sur les modalités de leur réception aujourd’hui ? Fait-il vieillir ou rajeunir le texte ?
Les littératures médiévales contribuent à notre compréhension des phénomènes sociétaux dans l’histoire, les mentalités et la culture telles que la recherche les forge aujourd’hui, au XXIe siècle. En retour, elles peuvent être éclairées par les outils modernes de la sociopoétique, des études de genre et des aging studies. Une approche transéculaire et pluridisciplinaire (histoire, sociologie historique, histoire de l'art, droit et sciences médicales) nourrira cette réflexion.