Paroles de doctorant.e.s
Les doctorant.e.s de PRISMES vous racontent leur expérience de thèse sous différents aspects.
Beatrice FUGA : Soutenir une thèse rédigée en anglais
Dans le cadre d’une rédaction de thèse en anglais, il est probable que, lors de la soutenance, le/la candidat-e soit amené-e à interagir en anglais avec un ou plusieurs membres du jury. Tout d’abord, il faudra s’accorder avec le/la directeur-ice de thèse sur la langue du propos liminaire : ceci étant la présentation de sa recherche, il est indispensable que tout le jury puisse suivre. En s’appuyant sur des éventuels pré-rapports, il conviendra de réfléchir à un éventail de questions : si préparer des réponses entièrement rédigées peut se révéler chronophage, c’est aussi un bon outil pour éviter d’être pris au dépourvu lors de l’échange avec chaque membre du jury. Une liste de mots-clefs, de définitions, d’outils méthodologiques et théoriques rédigés à la fois en français et en anglais peut aider à jongler entre les deux langues. Il est aussi très fortement recommandé de prendre des notes lors de l’intervention de chaque membre du jury, afin de pouvoir s’y retrouver lors de la discussion. Un point important à retenir : toute partie du rapport écrite dans une langue autre que le français doit être traduite si le/la docteur-e souhaite demander la qualification pour la section 11 du CNU.
Beatrice FUGA a soutenu en 2024 une thèse intitulée : Buona Novella, Cattiva Reputazione. Domesticating Matteo Bandello’s Novelle in Early Modern England (dir. Anne-Marie Miller Blaise). Elle est MCF à l’Université d’Angers depuis 2025.
Enora LESSINGER : Être recrutée sur un poste d’enseignante-chercheuse au Royaume-Uni
Lorsque j’ai soutenu ma thèse en traduction littéraire à Paris 3 en novembre 2019, j’étais ATER et avais déjà entamé depuis un an environ mes démarches de recherche de poste permanent à l’étranger. Avant d’obtenir un poste permanent à Oxford Brookes University, j’ai passé des entretiens à Nottingham, Édimbourg, Durham, Istanbul, Paris 3, Angers. Comme mon partenaire habitait à Cambridge, je m’étais inscrite à une job alert sur le site jobs.ac.uk, ce que je recommande à toute personne intéressée par un poste au Royaume-Uni. Il n’y a pas une seule campagne, les postes peuvent tomber n’importe quand ; j’ai été recrutée en juillet pour septembre 2020. Dans mon expérience, les entretiens y sont beaucoup plus informels et chaleureux ; pour Brookes, j’ai dû présenter un plan de cours et répondre à des questions sur ma méthode d’enseignement et mes projets de recherche. En termes de différence avec le système français, la principale différence est le modèle « business » de l’université anglaise, qui est financée principalement par les étudiants. Les cours et programmes qui ne sont pas rentables sont menacés de fermeture, et le racolage d’étudiants fait partie de nos missions. La satisfaction des étudiants est extrêmement importante ; par exemple, si on a un feedback négatif dans les questionnaires (obligatoires) de fin de module, il faut en rendre compte. Par ailleurs, les conditions de travail sont peut-être plus confortables : j’ai mon propre bureau, nos salles de classe sont équipées de la dernière technologie, les salaires sont plus élevés. Dans l’ensemble, je suis satisfaite de mon choix, mais je ne pense pas faire toute ma carrière au Royaume-Uni, notamment parce que je trouve pesante l’incertitude sur l’avenir de mon poste qui dépend directement du nombre d’étudiants recrutés chaque année.
Enora LESSINGER a soutenu en 2019 une thèse intitulée : The Translation of Silence in K. Ishiguro’s Novels: Testing the Explicitation Hypothesis on Unreliable Narratives (dir. Claire Davison et Rachel Weissbrod). Elle est MCF à Oxford Brookes (UK).
Christopher MOLE : Faire sa thèse en co-direction internationale
La co-direction offre une opportunité précieuse pour collaborer avec des spécialistes issus de disciplines variées, particulièrement dans le cadre de projets de thèse interdisciplinaires. Contrairement à une co-tutelle, elle s'accompagne de démarches administratives nettement plus simples. Cette approche est donc idéale pour les doctorants et doctorantes en sciences humaines, dont les travaux ne nécessitent pas toujours une présence quotidienne dans plusieurs laboratoires de recherche.
De plus, la co-direction présente l’avantage d’éviter les frais d’inscription dans une université à l’étranger, ce qui en fait une solution plus économique. Elle est particulièrement adaptée aux doctorants et doctorantes en emploi à temps plein en France, ce qui est mon cas personnel, car elle ne les oblige pas à passer une partie significative de leur parcours de thèse dans une université étrangère. Ils/elles peuvent donc poursuivre leur carrière professionnelle en France tout en bénéficiant d’un encadrement scientifique international. À titre personnel, j’ai eu une expérience extrêmement positive de la co-direction entre la Sorbonne Nouvelle et l’Université du Massachusetts, Amherst. Cette collaboration m’a permis de travailler étroitement avec des experts issus de deux environnements académiques distincts. Ce cadre m’a offert un soutien scientifique de haute qualité tout en restant compatible avec mes contraintes professionnelles et personnelles.
Christopher MOLE a soutenu en juin 2025 une thèse intitulée : L’intermédialité musico-littéraire des autotraductions de Nancy Huston (dir. Bruno Poncharal, USN, et Kathryn Lachman, Amherst).
Georges PILLEGAND-LE RIDER : Faire sa thèse sans contrat doctoral
Une thèse sans contrat doctoral n’est pas effectuée sur une base de trois ans, mais de six, car l’on considère que le/la doctorant(e) travaille et doit subvenir à ses besoins autrement et, en cela, a besoin du double de temps pour faire ses recherches. Les situations professionnelles des doctorant(e)s « hors-contrat » sont très variées : certain(e)s travaillent dans des secteurs reliés à la recherche ou au monde de l’université, d’autres au contraire dans des sphères professionnelles tout à fait différentes (que celles-ci leur permettent de nourrir leur recherche ou non). Selon moi, avoir une « double-vie » permet d’apporter un autre regard sur sa recherche, et c’est souvent dans cette prise de recul que je trouve des moments de maturation et de réflexion. Par ailleurs, j’ai apprécié d’avoir le choix d’enseigner ou non (dans la limite de 98h/an lorsque l’on n’a pas de contrat ) : au début de mon doctorat, j’ai préféré avoir des charges de cours importantes pour m’inscrire dans une dynamique d'échange avec les étudiant(e)s et les équipes pédagogiques, ce qui développe les rencontres, les discussions et les interlocuteurs potentiels et ne peut à mes yeux que renforcer le travail de recherche ; maintenant que j’arrive vers la fin de ma troisième année en revanche, je choisis de n’avoir aucune charge de cours pour me concentrer au mieux sur le début de la rédaction de ma thèse. Je dirais que ma plus grande crainte en rentrant en thèse était d’être moins bien considéré que les autres dans les équipes et dans les événements, ce qui n’a pas été le cas. Une fois admis(e) en thèse, les encadrant(e)s et collègues oublient généralement qui n’a pas de contrat parmi les doctorant(e)s, et il n’y a absolument pas de traitement différencié. En cela, il faut même parfois se sentir libre de repréciser sa situation auprès de ses partenaires de travail et des titulaires (si, notamment, une deadline proposée n’est pas conciliable avec des échéances professionnelles que l’on a par ailleurs). De même, parmi les doctorant(e)s, j’ai pu m’intégrer au même titre que les autres, et je participe activement (quand mon emploi du temps me le permet) à la vie de la fac et de la Maison de la Recherche.
Georges PILLEGAND-LE RIDER travaille sur un projet de thèse qui s’intitule actuellement : Enjeux éco-critiques de l’extraterrestre hyperobjet (dir. Alexandra Poulain).
Virginie TRACHSLER: Organiser un séminaire de DOC : ERIN beag
Fin 2023, Jean-Antoine Engel et moi avons (re)lancé le séminaire doctoral d’ERIN (Études et Recherches Irlandaises et Nord-Irlandaises), que nous co-organisons depuis. Après une première année durant laquelle nos intervenant/e/s étaient en majorité d’autres DOC de l’équipe, ce qui nous a permis de mieux nous connaître et de créer une certaine cohésion entre DOC en études irlandaises, nous avons élargi nos invitations à des DOC en études irlandaises rencontré/e/s lors d’écoles d’été, de séminaires ou de colloques. En effet, c’est la participation à ces événements internationaux qui nous a permis, chacun/e de notre côté, de rencontrer des personnes susceptibles d’être intéressées par ce séminaire, aussi bien pour y intervenir que pour y assister.
Pour l’année 2024-2025, les interventions ont eu lieu en ligne, un choix qui nous a permis d’inviter des DOC (ou jeunes docteures) d’Irlande, des États-Unis ou du Royaume-Uni. Le format du séminaire est plutôt « classique » (présentation de 20 minutes suivie d’un temps d’échange), mais nous envisageons aussi des séances de type « club de lecture » ou « atelier ». Comme ERIN est une petite équipe, nous avons pu nous accorder avec les autres DOC pour trouver un créneau qui convenait à une majorité de personnes et, si les intervenant/e/s sont disponibles sur ce créneau, nous essayons de nous y tenir, pour fixer un rendez-vous régulier. Nous avons également demandé à inscrire le séminaire dans l’offre de l’ED dès mai 2023. Cela permet de rendre le séminaire visible à d’autres DOC.
Virginie TRACHSLER a soutenu en mars 2025 une thèse intitulée : Ambassadrices des mondes muets : l’écriture de l'objet chez les poétesses irlandaises contemporaines (dir. Clíona Ní Ríordáin).
Irène Vilquin: Organiser un atelier dans un congrès international
Au cours de ma deuxième année de doctorat s’est présentée l’opportunité d’organiser un panel, sponsorisé par mon équipe de recherche, lors de la conférence annuelle de la Renaissance Society of America, tenue l’année suivante à Boston. En accord avec ma directrice de thèse et en m’y prenant suffisamment en avance (le délai pour soumettre la proposition d’atelier était fixé 9 mois avant la conférence), j’ai commencé l’élaboration d’un appel à communication qui propose un cadre critique ainsi que des axes de réflexions qui seront utiles à nos potentiels participants. Il faut garder à l’esprit que notre atelier doit traiter d’éléments cruciaux pour notre thèse sans toutefois divulguer toutes les idées conductrices et originales de nos propres travaux. Ensuite, après plusieurs relectures de l’abstract et suggestions de ma directrice de recherche, est venu le moment de solliciter les participants au panel. Il y a deux manières de procéder : soit en les contactant directement par mail, car cet atelier est l’occasion d’inviter des chercheurs ou chercheuses aguerris, dont on a lu les ouvrages, et que l’on souhaiterait rencontrer lors de sa thèse (on leur propose alors d’agir en tant que modérateur ou de faire une communication, selon leur désir et leur disponibilité) ; soit en mettant en ligne l’appel à communications. Il s’agit de le faire circuler sur les listes de diffusion d’anglistique (SAES ou AFEA), mais aussi sur des listes qui concernent plus étroitement notre domaine de recherche (dans mon cas, Epistémè et PEMS). Je recommande aussi de mettre en ligne cet appel sur des sites répertoriant les CFPs. J’ai pour ma part posté mon abstract sur le site de l’University of Pennsylvania (upenn.edu). Ne pas hésiter non plus à faire circuler cet appel sur les réseaux sociaux, si l’on estime que notre réseau y est assez développé. Puis vient l’étape de la lecture et sélection des propositions qui nous ont été envoyées. Le but est de créer une certaine harmonie entre les communications. Cela a aussi été pour moi l’occasion de participer à mon propre panel (pour partager mes recherches, mais aussi pour des raisons financières : l’école doctorale ne finance pas les mobilités lorsque nous sommes simplement modérateur.rice ; il est nécessaire de communiquer!) Après la création d’un panel cohérent, on doit gérer la conception du dossier d’inscription (collecter les pièces nécessaires, rester en lien étroit avec nos participants par échanges de mails…). Ces étapes administratives requièrent une certaine rigueur et anticipation. Enfin, il ne faut pas oublier de répondre à l’appel d’aide à mobilités de l’ED au moment opportun. Selon les destinations, pensez à solliciter l’aide financière d’autres instances de l’université (DAI) ou sociétés savantes (SAES).
Irène VILQUIN soutiendra en 2026 une thèse intitulée : “Untimely deaths”, suicide, imitatio et hétérodoxie dans le théâtre de Christopher Marlowe (dir. Anne-Marie Miller-Blaise, USN, et Rory Loughnane, Kent).