Séminaire « Face au patrimoine : scénographies et gestes d’artistes » / 7 séances
Le séminaire « Face au patrimoine : scénographies et gestes d’artistes » donnera la parole à des artistes invités, et portera sur les effets de patrimonialisation et de dépatrimonialisation, sur les nouveaux régimes d’attention et de soin apportés aux œuvres et aux monuments, dans le contexte d’un tournant performatif de l’exposition qui remanie les modalités de présentation des œuvres, en les considérant notamment dans leur matérialité physique la plus littérale. Au cours des différentes séances, il s’agira d’interroger la manière dont la création contemporaine rend compte d’une conscience patrimoniale aiguë, au moment même où les notions d’archive, de trace, de réparation et de transmission connaissent un profond remaniement, et des assauts idéologiques. En croisant les pratiques de plusieurs artistes plasticien.nes avec des approches théoriques issues de la muséologie, de l’histoire des expositions et des études patrimoniales, ce séminaire entend examiner les formes actuelles de mise en scène, de réactivation ou de transformation du patrimoine matériel et immatériel, qui concerne des objets culturels, des œuvres d’art, des artéfacts archéologiques, des monuments ou leurs fragments.
Une prise en compte des différents aspects de la chaîne opératoire qui encadre le processus de monstration de ces différents types d’objets devient nécessaire, depuis les ruines ou le silence des réserves jusqu’à l’acte d’exposer, en passant par les étapes de prélèvement, de sélection, de conservation-restauration, de transport, d’activation, d’agencement dans l’espace, d’accrochage, de montage, démontage et remontage.
Les procédés de la scénographie, dans ses dimensions matérielles et gestuelles, permettent de réinventer de nouveaux rapports aux objets et aux traces du passé. Dans ce contexte, le tournant performatif de l’exposition invite à observer l’œuvre non plus en tant que musealia figée dans un état patrimonial, mais comme une entité variable, qui subit une succession de manipulations, de gestes de soin et de maintenance, de réparations et de transformations.
Ainsi le séminaire prêtera une attention particulière aux gestes, souvent invisibles, qui président à la reconfiguration des œuvres et des monuments lesquels continuent de « faire patrimoine » malgré leur usure, malgré leur disparition en devenir. Seront ainsi explorées différentes modalités de rapport au patrimoine : 1) les patrimoines en péril, où la fragilité matérielle rencontre la mémoire blessée et traumatique ; 2) les patrimoines contestés, pris dans les tensions politiques et postcoloniales de leur reconnaissance ; 3) les patrimoines discrédités, objets d’un désintérêt institutionnel ou d’une obsolescence symbolique, justifiés ou non.
Parmi les résultantes de ces états successifs de repatrimonialisation, l’hybridation des œuvres contemporaines conçues suivant ces logiques met en lumière un nouveau genre d’objets, tenant compte du caractère instable - parfois insaisissable, de la présence incarnée. Cette hybridité s’opère à toutes les échelles. Tout d’abord, au sens formel des matériaux constitutifs de l’œuvre ou de l’installation, mais encore, au sens symbolique de la réinterprétation du passé, dans une perspective parfois dystopique ou fictionnelle qui tient compte des réparations impossibles. Ces phénomènes confèrent ainsi aux objets de nouvelles qualités et un nouveau statut.
Ces œuvres interrogent la variabilité des objets patrimoniaux, leurs valeurs d’usage et leurs régimes d’attention dans un contexte géopolitique sensible qui oscille entre saturation mémorielle et fragilisation des archives documentaires.
Les interventions, menées avec des discutants (doctorant.es, critiques d’art, historien.nes d’art) alterneront entre analyses de cas, discussions avec les artistes et études d’œuvres, d’installations et de dispositifs d’exposition récents. Au croisement de la théorie et de la pratique, ce séminaire invitera à penser ces œuvres et ces gestes comme des opérateurs critiques du patrimoine d’aujourd’hui et de demain.
Artistes pressentis :
Raphaël Denis (Paris) / tel un artiste-historien, il travaille sur la mémoire des œuvres spoliées et la restitution du patrimoine pillé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Il reconstitue les systèmes d’inventaire et d’aliénation de l’art, sous forme d’installations, d’accrochages, de sculptures et de documentation issue d’archives.
Béatrice Balcou (Bruxelles) / A travers ses rituels performatifs dénommés « Cérémonies », et ses œuvres « placebo », elle interroge les gestes de soin, de maintenance et de contemplation dans la relation des publics avec les œuvres. Elle interroge la valeur d’usage des œuvres dans les réserves, les opérations de dévoilement et de révélation, la fragilité et la temporalité du regard muséal.
Ali Cherri (Beyrouth /Paris) / Ses installations muséales croisent les méthodes de l’archéologie, la géologie et la politique pour remettre en question la fabrication du patrimoine au travers des ruines, des guerres et des fouilles. Dans ses installations et ses films à la frontière de la fiction et du documentaire, il met à jour la dimension affective et instable des lieux de mémoire.
Sirine Fattouh (Beyrouth /Paris) / Travaille sur la mémoire collective et les traumatismes historiques du Liban à travers la collecte, la réactivation et la reconfiguration d’archives. Ses œuvres interrogent la disparition, la fragmentation et l'illusion d'une transmission critique.
Yto Barrada (Tanger / Paris) / Elle explore les tensions entre patrimoine local, modernité et (post)colonialité à partir du contexte marocain. En articulant différents médiums - photographie, film et installation -, elle met en scène les contradictions et les formes de résistance vernaculaires à la muséification.
Stefan A. Stereff & LIGNA - Bulgarie, Allemagne : problématisent la théâtralisation du patrimoine dissonant
Driant Zaneli - Albanie : développe différentes approches poétiques du patrimoine difficile
Dan Perjovschi - Roumanie – révèle les formes éphémères qui investissent des espaces muséaux en abordant l'histoire et la politique
Geri Georgieva - Bulgarie, Royaume-Uni – interroge à travers la performance les questionnements liés à l'hybridité de l'identité.