Comité scientifique :
Sadia BIENSTEIN,Sylvie BRODZIAK,
Edward BLUMENTHAL,Filippo FURRI,
George GOMES,
Nicolas PROKOVAS,
Thomas RIBÉMONT, Jacob ROGOZINSKI,
Emma RUBIO-MILET.
Comité d’organisation (PRT-I LEA) :
Sadia BIENSTEIN,
Edward BLUMENTHAL, Julie FINTZEL,
George GOMES,
Nicolas PROKOVAS,
Emma RUBIO-MILET.
Présentation : Proposition d’organisation d’un colloque pluridisciplinaire PRT-I LEA
Expériences migratoires à l’ère contemporaineSelon les dernières données de l’Insee, en 2024 la France comptait 7,7 millions d’immigrés et 6 millions d’étrangers, ce qui représente respectivement 11,3 % et 8,8 % de sa population totale. Les femmes y sont majoritaires (51,6 % et 50,2 % respectivement). Ces pourcentages sont légèrement inférieurs à la moyenne européenne. Un immigré sur deux est originaire du continent africain (dont plus de la moitié du Maghreb), un tiers est originaire de l’Europe (essentiellement du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne), un sur sept est originaire de l’Asie. En ce qui concerne les derniers arrivants, leur composition par origine géographique est sensiblement la même, avec cependant un recul des flux en provenance de l’Afrique et de l’Europe au profit de ceux originaires de l’Asie. Après avoir observé une légère augmentation depuis le début du XXIesiècle (+ 1- 2 % par an), les flux migratoires vers la France, en partie en raison du contexte géopolitique, ont connu une progression plus rapide en 2023 (+ 4 %) et en 2024 (+ 6 %).
Les immigrés vivant en France considèrent, pour près de la moitié d’entre eux, que leur position sociale actuelle en France est meilleure que celle qu’ils avaient dans leur pays d’origine. Cependant, ils sont plus nombreux que les natifs de l’Hexagone à déclarer avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations en raison de leur origine, de leur nationalité ou de leur couleur de peau, notamment sur le marché du travail, ou des violences sexistes. Ce sentiment perdure, voire s’accentue, auprès des descendants d’immigrés. À leur tour, les données statistiques du ministère de l’Intérieur confirment la hausse des infractions commises en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la prétendue race ou la religion et enregistrées par la police et la gendarmerie.
En effet, l’on assiste, un peu partout dans le monde à une montée des inquiétudes, voire des rejets à l’égard des migrants, des immigrés et de leurs descendants. En Europe tout particulièrement, des préjugés et des idées reçues reposant sur un substrat idéologique raciste alimentent la xénophobie contre ces populations. Médias et partis politiques qui adhèrent à cette idéologie ne cessent d’enflammer l’opinion publique, face à laquelle les politiques migratoires, nationales comme européennes, adoptent des positions de plus en plus sécuritaires.
Si les États démocratiques se doivent de tenir compte de l’opinion publique, l’on peut s’interroger sur le fait de savoir si la réponse sécuritaire est la seule réponse adéquate, et si elle ne contribue pas, en fin de compte, à entériner la perception négative des immigrés au sein de cette même opinion publique. Changer cette perception devient urgent. Mettre en avant des arguments scientifiques démontrant que l’immigration ne « coûte » pas plus cher que ce qu’elle rapporte en termes économiques, démographiques, sociaux et culturels, insister sur les effets positifs de l’immigration aussi bien à court qu’à long terme, questionner les incidences de l’immigration tant pour les sociétés de départ que celles d’arrivée, est essentiel.
Dans le cadre du présent colloque, axé sur les migrations internationales, nous faisons appel à des contributions de chercheurs et chercheuses de toute origine disciplinaire (droit, histoire, sociologie, science politique, économie, statistique, anthropologie, démographie, géographie, linguistique, histoire de l’art, musicologie, études de genre, études culturelles et civilisationnelles, etc.), de praticiens de terrain et de personnes pouvant témoigner de la réalité migratoire en France.
Au-delà de la mobilisation d’analyses pluridisciplinaires, de résultats de recherche, de données chiffrées, qui permettront de contribuer à déconstruire des ancrages idéologiques xénophobes et racistes solidement incrustés, l’une de nos ambitions est de donner la parole à celles et ceux qui ont fait l’expérience de la migration. On ne quitte pas facilement sa terre natale. François Héran, citant Baudelaire, énonce la difficulté et le doute au moment où l’on doit décider du départ.
Faut-il partir ? N’y a-t-il pas d’autre solution ? S’il y en avait une je l’aurais trouvée, je ne partirais pas. Il faut partir. Pour celui ou celle qui doit en prendre la décision, ce tout premier pas est déjà une épreuve à laquelle va généralement succéder celle de la barrière de la langue.
Hormis les projets d’études ou professionnels, pourquoi quitterait-on son pays sinon par obligation ? C’est la situation économique ou climatique d’une région, d’un pays qui en décide le plus souvent. Les tensions politiques, la guerre, les conflits expulsent des peuples quand ils ne les détruisent pas. On nous dit que certains partent par curiosité, par goût de l’étude ou de l’aventure, voire par appât du gain. On pensera à Lévi-Strauss déclarant au retour de ses voyages : « Je hais les voyages… ». Ici encore des affects sont exprimés qui ne disent pourtant rien de l’expérience migratoire que font des femmes, des enfants et des hommes qui ne quittent leur terre natale que contraints et forcés après avoir épuisé les possibilités de leur propre terre, dans l’espoir universellement partagé, et souvent fantasmé, d’un ailleurs où la vie est meilleure.
Pour ce colloque, nous avons souhaité inclure les voix de celles et ceux qui partent, tourner notre regard du côté des personnes qui traversent cette expérience humaine ancestrale de l’émigration et nous poser la question de ce que fait la migration aux corps et aux destins personnels des acteurs et actrices de la migration.
La problématique est proposée dans une articulation autour des axes suivants :
a) Frontières : politiques migratoires et incidences
b) Minorités, repli et intégrations
c) Vécus différenciés, discriminations : sexe, genre, minorité d’âge, etc.
d) La question linguistique, la traduction, les représentations artistiques ou les productions scientifiques à partir des épreuves de la migration, de ses enjeux et de ses conséquences
e) Premières et deuxièmes générations : emploi et conditions de travail f) La santé : les corps en migration
g) Témoignages, vécus, intériorisations
h) Peurs, rejets, xénophobie
i) Centres de rétention et camps de réfugiés. Études de cas : Vincennes, Lesbos, Calais, Lampedusa, etc.
Modalités de réponse à l'appel à communication Les propositions de communications
(500 mots maximum) doivent être soumises par voie électronique avant le
jeudi 30 avril 2026 et présentées selon le plan type suivant :
- Titre de la communication
- Nom(s) d'auteur(s)
- Adresse(s) électronique(s) du ou des auteurs
- Organisme d'appartenance du ou des auteurs.
La proposition de communication comprendra les points suivants :
- Exposé bref de la problématique et de son enjeu
- Articulation avec la problématique proposée,
- Nature de la communication : théorique, empirique
- Démarche méthodologique : sources et outils
- Originalité de la communication en la situant dans la littérature existante
- Bibliographie sélective (5 à 10 références).
Les projets doivent être envoyés à l’adresse du colloque :
colloque-migrations@sorbonne-nouvelle.fr