L’axe de travail choisi pour ce séminaire doctoral s’est imposé à nous à partir de divers constats. Tout d’abord, l’importance notamment réaffirmée dans le cadre du Colloque « La relation en DDL », (USN, DILTEC, 2025) de continuer à définir les contours théoriques, méthodologiques et les enjeux pratiques d’une didactique de la relation. Deuxièmement, l’importance prise par les questions de médiation(s) au cœur même de cette didactique relationnelle, avec une intensité de plus en plus grande tout au long de ces 30 dernières années. Enfin, le troisième constat s’inscrit aux frontières du champ de production universitaire de la recherche à proprement parler. Force est de constater notre faible participation (individuelle et collective) à la médiatisation de nos recherches dans l’espace public. D’où le troisième axe de réflexion posé dans ce séminaire : Pourquoi ? En quoi ? mais aussi comment (dans quel cadre ? avec qui ?) créer des formes (sonores, plastiques, artistiques, multimodales) nous permettant de diffuser nos travaux, de les habiter autrement, de les mettre en partage sensible et en discussion à la croisée des espaces dans lesquels nous évoluons : espace public, espace scientifique, espace professionnel, espace culturel, etc ?
Si la question des médiations fait l’objet de nombreuses publications dans notre domaine (Longuet & Springer, 2018 ; Molinié et Moore, 2020, Auger, etc..), nous effectuerons un pas de côté, et nous tournons vers les sciences de l’information et de la communication, en lisant ce qu’écrit Christine Servais (2016) , qui, indique que la notion de médiation, chez un certain nombre de philosophes (Lyotard, Derrida, Rancière…) « intervient pour déconstruire ou infléchir un rapport trop immédiat, trop direct, entre communication et pouvoir ».
D’où une première question : sommes-nous tellement impatients de conquérir du pouvoir (par exemple dans le champ de l’édition et de la communication scientifique) que nous délaissons encore trop, d’autres formes de transmission de nos recherches, en n’allant pas à la rencontre d’autres publics que notre public de prédilection : à savoir, les étudiants en formation dans les cursus universitaire ? Servais déploie son affirmation sur deux plans.
« Sur un plan conceptuel tout d’abord : il faut pouvoir penser la communication comme n’étant pas un simple exercice de pouvoir ; sur le plan des pratiques et des processus de communication ensuite : il faut rompre le lien direct ou immédiat entre intentions des producteurs, représentations et effets sur les récepteurs, et favoriser les manifestations qui le rompent (pour beaucoup, il s’agit de l’art) ».
Elle en déduit que « la notion de médiation répondrait ainsi à un impératif de nature politique : il faut penser la médiation dans le cadre d’une résistance au pouvoir et même, comme le précisera Rancière, la sortir du cadre conceptuel du pouvoir pour l’intégrer dans celui de l’émancipation » (p.131). Ces questions s’articulent avec la notion d’automédialité, en particulier, qui postule une interpénétration constitutive du dispositif médial, de la réflexivité subjective et du travail pratique sur soi. (Delory-Momberger, 2019). On se demandera 1) comment cette automédialité, couplée à une diffusion dans l’espace public peut restaurer des liens parfois abimés entre plurilinguisme et historicité, tant chez l’auteur/trice de l’œuvre automédiale que chez les récepteurs/trices de celle-ci ; 2) si ces pratiques permettent la construction « d’histoires à soi » plurielles et locales (Bensa, 2001), qui tentent de réunir temporalité personnelle et collective, via l’action : actions culturelles, d’écriture alternative en sciences humaines (expositions, festivals, production audio-visuelles, bandes dessinées, etc.) ou processus de formation (MOOC, Ateliers…) dans divers contextes.
Références
Belarbi, I. (2023). Self-narratives through artistic practices. ICEM Echoes: The Bulletin, Jan.-Fév. 2023.
Bensa A., 2001. « Fièvres d’histoire dans la France contemporaine » in Une histoire à soi, Ed de la MSH, 1-12
Delory-Momberger, Ch. (dir.) (2019) Vocabulaire des histoires de vie et la recherche biographique. Toulouse : érès.
Jongy, B. (2008) "L'automédialité contemporaine", Revue d'Études culturelles numéro 4-hiver 2008, Dijon, Abell.
Khaleefa, A. (2024), Les Langues au cœur de l’exil. Les Syriens du camp de Zaatari. Paris, PSN.
Khaleefa, A., Hajjaj, E., Nahar, K., (2025). De Mémoire de Réfugié, Al-Ahlia, Amman.
Molinié, M. (2025) « Articular multilingüismo e historia. Pensar la pluralidad de temporalidades, en las estéticas plurales, en la didáctica de lenguas » Óscar Gamaliel Osorio García (trad.) Dans Héctor Muñoz Cruz (coord.) ¿Vamos hacia pedagogías plurilingües, integradas e interculturales de lenguas? Biblioteca de signos. Universidad autónoma metropolitana. Mexico. (p.233-248).
Razafimandimbimanana, E. , Fillol, V. (2022) « Le sensible en contexte universitaire plurilingue et (post)colonial », Contextes et didactiques [En ligne], 20 | 2022, mis en ligne le 30 décembre 2022, consulté le 28 mars 2025. URL : http://journals.openedition.org/ced/3951 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ced.3951