Ecritures potentielles : l''ordinaire et l'infra-ordinaire
du 24 avril 2026 au 25 avril 2026
Organisation : Alain Schaffner (Sorbonne Nouvelle-THALIM) et Hermes Salceda (Université de Vigo, Espagne) Présentation :
Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ?" (Georges Perec, « Approches de quoi », 1973).
Créé en 1960 par Raymond Queneau et François le Lionnais, l’Oulipo s’est donné dès sa fondation comme objectif d’explorer les possibles de la langue en vue de créer toute la littérature qu’il serait possible à un être humain d’imaginer, au moyen de contraintes d’écriture. Les contraintes sont apparues aux oulipiens comme un outil permettant de fusionner les mathématiques et la création verbale. La mise en œuvre qui pouvait découler d’une telle conception paraissait ainsi vouée à l’abstraction de l’art conceptuel. L’Oulipo, ses pratiques, ses réalisations se sont ainsi vues associées à une sorte de conception acrobatique et spectaculaire de la littérature, mais sans véritable emprise sur le monde.
La potentialité de l’écriture sous contrainte ne conduirait-elle qu’à édifier des mondes imaginaires ? La mise en œuvre de contraintes d’écriture n’est-elle pas, au contraire, en mesure de faire apparaître un regard différent sur le quotidien, celui précisément que préconisait Georges Perec dans ses injonctions à observer l’ « infraordinaire »? La littérature contemporaine, si préoccupée qu’elle soit de l’enracinement dans la « vie ordinaire », n’est-elle pas en grande partie, comme le montre Maryline Heck dans un livre récent , débitrice de la réflexion approfondie sur les contraintes, sur le potentiel et sur l’ « infra-ordinaire » entamée non seulement par Perec mais par l’Oulipo dans son ensemble.