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Ecrire la Russie… sans le russe : traduire la fiction et la non-fiction, entre anglais et français

le 4 décembre 2026

 

Organisation : Julie Loison-Charles

Présentation : 
 
Depuis le début de la guerre en Ukraine, les critiques sont vives à l’encontre de la Russie et dépassent le champ de la politique. Dans le domaine culturel, des débats ont fait rage sur la nécessité de boycotter la culture russe (en 2025, Victoire Feuillebois publiait un livre faisant le point sur cette question : Faut-il brûler Pouchkine ?) ou, à l’inverse, de soutenir les artistes russes qui, bien souvent, ne s’alignent pas sur la politique de Vladimir Poutine, au point où l’on pourrait se demander, avec Gisèle Shapiro (Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ? 2020), si l’on peut dissocier les œuvres russes de l’homme politique russe. Le conflit a eu des répercussions qui se sont également cristallisées sur la langue. Ainsi, on note une insistance, en anglais, pour écrire Kyiv plutôt que Kiev, alors que ce débat est peu relayé en français ; à ce titre, on pourra se demander si un·e traducteur·ice peut faire un choix politique en privilégiant une graphie plus qu’une autre (et il en va de même pour ses choix terminologiques). 
 
Pour cette journée d’études, on s’intéressera à l’histoire avec un petit ou un grand H, sous le prisme de la traduction entre anglais et français. 
 
En littérature, on pourra se pencher sur des auteurs de romans sur la Guerre froide, John Le Carré étant le plus connu (depuis La Maison Russie, il a été traduit par Mimi et Isabelle Perrin, cette dernière poursuivant seule à partir des années 2010). Il sera également possible d’étudier des auteurs d’origine russe comme Vladimir Nabokov ou Gary Shteyngart qui ont une riche production en anglais mais plusieurs traducteur·ices vers le français. Plus récemment encore, des auteur·ices ukrainien·nes russophones ont fait le choix d’écrire en anglais, comme l’écrivaine contemporaine Sana Krasikov qui a remporté en France le Prix du premier roman étranger en 2019 pour Les Patriotes (trad. Sarah Gurcel) ; de même, Andrei Kourkov écrivait sa fiction en russe et sa non-fiction en ukrainien, mais a écrit ses deux derniers livres sur la guerre directement en anglais, et ceux-ci ont été traduits en français (le premier par Johann Bihr, le deuxième par Bihr et Odile Demange). Et dans le sens français-anglais, il pourra être pertinent d’analyser les romans d’Andreï Makine et leurs versions anglaises (trad. Geoffrey Strachan).
 
L’audiovisuel pourra également être étudié sous l’angle de la traduction : ainsi, la série The Americans (2013-2018) met en scène deux espions russes du KGB sous couverture aux Etats-Unis et que l’on n’entend presque jamais parler russe, puisque cette langue les trahirait. Plus récemment, le livre Le Mage du Kremlin (2022), de l’auteur français Giuliano da Empoli, a été adapté en film par Olivier Assayas et Emmanuel Carrère (qui a lui aussi écrit sur la Russie) : les réalisateurs sont donc deux Français, mais le film est en langue anglaise, avec Jude Law dans le rôle de Poutine. On pourra aussi explorer des films plus anciens comme Ninotchka (Lubitsch, 1939) ou Mission to Moscow (Curtiz, 1943).
 
En histoire, on pourra se demander le rôle que joue la traduction d’archives dans la recherche documentaire puis l’écriture d’ouvrages en civilisation, politique ou histoire russe. La question de la spécialisation se pose également : pour traduire un livre sur l’histoire de la Russie, est-il préférable d’être un·e traducteur·ice chevronné·e ou d’être spécialiste du pays concerné ? On peut penser par exemple à Andreï Kozovoi, professeur de russe spécialisé dans l’histoire soviétique qui a traduit deux livres écrits en anglais sur l’histoire pré-révolutionnaire. On pourra également interroger le choix de produire la traduction française des mémoires d’Alexeï Navalny, Patriote, à partir de l’anglais : était-il plus aisé de procéder à une traduction relais ou cela tiendrait-il au fait que la version russe ne contient pas les cent dernières pages que l’on trouve en anglais, à savoir les entrées de son journal datant de 2023 et 2024 et évoquant l’Ukraine ? 
 
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Since the war in Ukraine started, criticism against Russia has thrived and it goes beyond the field of politics. In the arts, debates have addressed the necessity to boycott Russian culture (in 2025, Victoire Feuillebois published a book on whether Pushkin should be “cancelled”, Faut-il brûler Pouchkine?) or, on the contrary, to support Russian artists who, very often, do not agree with Vladimir Putin’s politics, so much so that one could wonder, with Gisèle Sapiro (Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ? 2020), if it is possible to separate Russian works of art from the Russian leader. Moreover, the conflict has had repercussions that extend to the use of language. Thus, in English, many people insist that the Ukrainian capital should be spelled Kyiv rather than Kiev, while this debate hardly exists in French. On that topic, one could wonder if the translator can make a political choice by favouring one spelling over the other (and the same goes with choices in vocabulary).

For this one-day seminar, scholars are invited to look at the way Russian (hi)stories can be narrated when the Russian language is both eluded and questioned, and they are invited to do so through the prism of translation between English and French.

In literature, one can think of authors who wrote on the Cold War such as John Le Carré (starting with The Russia House, his novels were translated into French by Mimi and Isabelle Perrin, and then by the latter alone). It is also possible to study Russian- or Soviet-born authors such as Vladimir Nabokov and Gary Shteyngart, who both wrote abundantly in English and have several translators in French. Even more recently, Russian-speaking Ukrainian authors have made the decision to write in English: for example, Sana Krasikov won the French award “Prix du premier roman étranger” for her novel The Patriots (2017), translated into French by Sarah Gurcel; likewise, Andrey Kurkov wrote his fiction in Russian and his non-fiction in Ukrainian, but his last two books on the war were composed directly in English, and those were translated into French (the first one by Johann Bihr, the second one by Bihr and Odile Demange). And from French into English, one could look at the novels by Andreï Makine which were translated into English (by Geoffrey Strachan).

Screen media can also be studied through the angle of translation: for example, in the series The Americans (2013-2018), two spies from the KGB are under cover in the USA but they almost never speak Russian, since the language would betray them. More recently, French author Giuliano da Empoli’s book Le Mage du Kremlin (The Wizard of the Kremlin, Willard Wood) was adapted into a movie by Olivier Assayas and Emmanuel Carrère: the two directors are French, but the movie is in English, with Jude Law playing Putin. Older movies can be studied too, for instance Ninotchka (Lubitsch, 1939) or Mission to Moscow (Curtiz, 1943). 

In history, one could analyze the role played by translation when it comes to exploring and exploiting archives abroad, or when it comes to writing monographs on Russian politics or history. There is also the question of the translator’s specialization: for a book on the history of Russia, is it better to choose an experienced translator or a specialist of the country? The French translation of Alexey Navalny’s memoirs could be studied: why were they translated from the English and not from the Russian? Was it easier to have a relay translation? Or is it because the Russian version does not include the last hundred pages that exist in the English one and which directly address the Ukraine conflict in 2023 and 2024? 


Type :
Colloque / Journée d'étude
Lieu(x) :
 
Partenaires :
 

mise à jour le 21 janvier 2026


Affiche


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Programme


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Propositions


Les propositions de communication (env. 300 mots) devront être envoyées avant le 1er juin 2026 à l’adresse suivante : julie.loison-charles@sorbonne-nouvelle.fr 

Abstracts (about 300 words) should be sent by June 1, 2026 to: julie.loison-charles@sorbonne-nouvelle.fr