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Conversing with the Dead / Converser avec les morts
du 10 décembre 2026 au 12 décembre 2026
Organisation :
Claire Boulard (USN),
Anne-Marie Miller-Blaise (USN), Johann Paccou (doctorant USN), Irène Vilquin (doctorante USN), Armel Nayt-Dubois (PR Paris 8), Line Cottegnies (PR Sorbonne Université)
Présentation :
Les transformations religieuses induites par la Réforme ont profondément modifié le rapport des vivants aux morts dans l’Angleterre de la première modernité. Malgré la suppression du purgatoire, des prières pour les défunts et de l’intercession des saints, ainsi que le changement de statut des fantômes et des spectres dont on prétend désormais qu’il ne sont que de viles illusions fabriquées par le diable, on continue néanmoins de dialoguer avec les morts. Le développement du théâtre professionnel permet à cette conversation d’avoir notamment lieu sur la scène. Celle-ci offre un espace fictionnel de substitution aux rites abolis, mais aussi un espace de médiation ambiguë et de réflexion critique portant non seulement sur les pratiques dans le domaine mais touchant aussi à des questions religieuses, politiques et sociales plus vastes. Le Hamlet de Shakespeare en constitue un exemple frappant et bien connu, mais quantité d’autres pièces de la période élisabéthaine et jacobéenne peuvent être invoquées. Se développe également au cours des XVIe, XVIIe et XVIIe siècles, dans les Iles britanniques, comme ailleurs en Europe, un goût de plus en plus prononcé pour la forme du Dialogue avec les morts, reprise à Lucien de Samosate, dont les œuvres sont popularisés en particulier par la traduction latine qu’en donnent Érasme et Sir Thomas More. Pendant comique et grinçant du dialogue socratique, voire contre-dialogue socratique, le Dialogue avec les morts participe des instruments pédagogiques privilégiés des méthodes humanistes et septiques, qui cherchent à instruire tout en déconstruisant, par la satire et le rire illusions et croyances superstitieuses – celles-là même qui empêchent l’accès au savoir et permettent l’exercice de différentes formes de pouvoir abusif. Considérée comme un texte dangereux, conduisant potentiellement à l’athéisme, la traduction de Lucien par Érasme et More est mise à l’index par l’Église dans les années 1590. En Angleterre, il faut attendre le milieu du XVIIe siècle pour que ses œuvres ne soient plus cantonnées aux extraits que l’on trouve dans la littérature scolaire mais traduites de façon plus systématique en langue vernaculaire. Pourtant, son influence se fait sentir dans une riche littérature de controverse qui se développe bien en amont, où, sous couvert de fictionnalité, de voyages dans la lune, dans les enfers, ou dans des espaces utopiques, les morts sont ressuscités, ont encore droit au chapitre, et permettent de déjouer la censure qui pèse sur les vivants. La Restauration et le XVIIIe siècle (âge néo-classique) voient se confirmer l’intérêt pour le genre hérité de Lucien, avec de nouvelles traductions plus complètes en anglais, et dans le sillage des dialogues des morts de Fontenelle et Fénelon, la parution de nouveaux dialogues originaux. C’est une véritable mode qui éclot après 1760 et les dialogues de Lord Lyttelton, dont témoignent la presse de loisirs, mais aussi le développement de formes connexes, épistolaires, dramatiques, et son infléchissement vers la conversation. Si la réception, l’influence et l’héritage de Lucien ont fait l’objet d’études approfondies pour les domaines italiens et français, les Iles britanniques sont restées très en marge de ces travaux, alors même qu’elles ne sont pas isolées de réseaux de circulation qui le popularise. Le présent colloque se propose donc de revenir, notamment dans une perspective comparatiste et européenne, sur la place, les enjeux, et les formes dérivées du Dialogue de morts outre-Manche, du XVIe au XVIIIe siècle. Il s’attachera à mettre en lumière ses transformations formelles, mais aussi son dialogue avec les pratiques mortuaires et commémoratives propres à ces espaces, ses usages politiques, notamment dans la querelle des femmes, et sa dimension éminemment genrée.
- Type :
- Colloque / Journée d'étude
- Lieu(x) :
- Maison de la Recherche - 4 rue des Irlandais - 75005 PARIS
- Partenaires :
- Center for Medieval and Early Modern Studies, University of Kent
mise à jour le 21 janvier 2026